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 Les chaises

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renaud
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MessageSujet: Les chaises   Sam 24 Mai - 19:57

Les chaises

Thème : de l'imaginaire, totalement de l'imaginaire
Résumé : Des chaises vivantes qui nous racontent leur vie ! Critique des hommes, plaisanteries à leur égard et reflexions sont au rendez-vous (du moins je l'espère)
Personnages principaux : Rosalie, Marguerite, Dynamite et Ludivine
Warning : Aucun




Introduction.



Je suis arrivé ici, dans cette maison, perdue au beau milieu de cette ville, il y a environ sept ans. Une maison habitée par un couple et leurs deux enfants. Pour compléter la famille, le couple a décidé d’avoir un chien et un chat. Pour le moment, les enfants sont âgés de dix et de douze ans. Le papa est un homme assez gros qui ne bouge pas trop, contrairement à sa femme qui est plutôt mince et qui ne cesse d’être en action tout le temps sans ne jamais s’arrêter. Inutile de préciser que pour moi, tout ce monde représente un calvaire au quotidien.

Pour résumer, il n’y a que la nuit que tout est calme et ce n’est même pas le cas tous les jours ! Parfois, lors des ces nuits, les animaux commencent à s’agiter. Parfois également, le père ou la mère viennent dans la cuisine, là où je suis installée, et ils commencent à boire quelque chose et à discuter pour soi disant « faire venir le sommeil ».

C’est bien dans la cuisine que je vis. Je ne connais d’ailleurs aucun autre endroit de la maison si ce n’est parfois la terrasse ou la grande salle à manger lorsque l’on a besoin de moi. J’ai aussi une petite vue sur le salon… En fait, je ne suis qu’une chaise, ce qui réduit fortement ma mobilité… Oui une chaise ! Et alors, je ne rigole pas moi, quand vous dites que vous êtes un homme ou une femme ! Ayez un peu de respect pour moi, retenez vos moqueries. D’ailleurs ce n’est pas parce que je suis toujours à la même place que je ne suis pas importante, détrompez-vous ! Les hommes sont vraiment tous les mêmes : ils se fient à leurs nombreux préjugés et ils se moquent de tout ce qui n’est pas comme eux. C’est franchement navrant et je ne m’excuserai pas si je vous ai vexé.

Bon, où en étais-je dans ma description avant d’être bêtement interrompue ? Ha oui, j’en étais à dire que je n’étais qu’une chaise. J’ai été achetée par Lisa et François, en compagnie de trois autres chaises qui me ressemblent fortement, le jour-même nous avons été installées autour de la table. Ce jour-ci, nous étions très timides, nous ne connaissions pas et nous ne savions pas tellement ce qui nous arrivait. Je m’en souviens comme si c’était hier… J’étais très effrayée à l’idée d’être quelque part, comme ça sans trop savoir pourquoi… Finalement, au bout de quelques minutes, j’ai ouvert le dialogue :

- Vous aussi, vous avez peur ?
- Oui… me répondit la chaise en face de moi après un long silence. Pourquoi nous sommes là ?
- Parce que nous devons vivre. Lui répondit celle qui était juste à ma gauche
- Vivre ?
- Oui. Nous sommes des chaises, nous allons vivre pour être utilisés par les hommes, pour les aider, pour les reposer, pour les soutenir… Pour ces choses-là quoi.
- On va faire ça toute notre vie ? Demanda enfin la dernière des chaises.
- C’est fort possible…

Puis nous n’avons plus rien dit. Puis les heures, les jours et les années ont passé et je dois avouer qu’aujourd’hui, vivre ne nous dérange pas, même si les animaux et les humains ne sont carrément pas des êtres de tout repos.

Au bout de quelques jours, nous avons décidé de nous nommer nous-mêmes. Je m’appelle Rosalie, la chaise à ma gauche et celle à ma droite se nomment respectivement Marguerite et Ludivine, celle en face de moi enfin s’appelle Dynamite. Nous sommes devenus de très bonnes amies, même si parfois, il nous arrive de nous disputer de petits sujets de rien du tout. Un peu comme les hommes finalement…

Le quotidien des chaises est très peu connu dans votre monde. Oui, c’est de vous dont je parle, les hommes ! Ne soyez pas surpris que je prenne la parole, je vous promets que je dis beaucoup de moins bêtises que la plupart de vos chanteurs et de vos hommes politiques ! Je veux simplement vous expliquer ce que je vis au fil des jours, simplement pour vous prouver que la vie peut être formidable, même avec très peu d’éléments. J’espère que vous comprendrez alors à quel point vous êtes aveugles, vous qui pouvez tellement bouger et admirer tellement de choses. Parfois j’ai l’impression d’être cent fois plus curieux que vous ! Peut-être ai-je tort, je ne nie pas, mais laissez-moi expliquer mon histoire. C’est vrai, tout n’est pas non plus rose dans notre existence, mais au moins, nous sommes heureuses de vivre, nous les chaises de cette maison !


Dernière édition par renaud le Mar 17 Juin - 20:47, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Les chaises   Dim 25 Mai - 13:48

affraid Mon dieu je suis une chaise de droite !affraid





Reprenons nos esprits..... C'est une idée des plus brillantes ! Une bonne entrée en matière, un sujet hors du commun ! Cette histoire me séduit déjà ! Comment ça séduire ? Non ! Je suis scotchée ! C'est bon je vais franchement me décider à créer ton premier fan club !

L'écriture est naturelle ! Ca donne envie d'être une chaise ! Et je suis sûre que cette histoire nous promets plein de rebondissement et qu'a la fin on en viendra tous à s'excuser auprès de toutes nos chaise à commencer par celle que je martyrise à ce moment même ! Razz


un immense bravo ! Je ne regrette vraiment pas que tu te sois inscris ! Peut être je regrette qu'on ne t'ai pas déroulé le tapis rouge aux vues de ton talent ! Embarassed
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renaud
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MessageSujet: les chaises suite   Dim 25 Mai - 18:18

Chapitre 1 : J’ai doucement compris mon rôle dans la maison.



Un jour seulement après notre arrivée dans ce nouveau lieu nous a permis de comprendre ce à quoi nous étions vouées. Nous dormions dans la cuisine, paisiblement, sans aucun tracas de nulle part, lorsqu’ils ont débarqué, eux le couple et leurs deux enfants. A cette époque, ils n’avaient que un et trois ans. Ils étaient capables de crier plus fort que jamais. Les parents semblaient morts de fatigue et je dois avouer que les observer dès le matin, c’est une chose affreuse. Hé oui, ce n’est pas joli du tout un humain au réveil : cheveux emmêlés, mine défaite, marques d’oreillers sur les joues, bave séchée aux coins des lèvres… Absolument ignoble comme spectacle.

Voilà alors qu’une main me saisit violemment en haut de mon dossier puis me tire vers l’arrière. Je paniquais beaucoup à ce moment-là :
- Qu’est-ce qu’il est en train de me faire là ?
- Je n’en sais rien, me répondit Dynamite, mais ce ne doit pas être agréa… Hé !!

Voilà que Dynamite subit le même sort que moi. Une main l’agrippe pour l’éloigner encore plus de moi. C’est alors que qu’un immense derrière d’homme est venu se poser sur moi. C’était un homme lourd, mais bizarrement, j’avais dû être bien conçu parce que son poids ne me dérangeait pas tellement que cela. Dynamite accueillait dans le même temps un siège pour bébé, avec le bébé en question à l’intérieur. Puis ce fut au tour de Ludivine et de Marguerite de subir le même sort : supporter le poids de la mère ainsi que celui du petite enfant de trois ans.

- C’est donc vrai ce que tu disais… m’adressai-je à Marguerite qui n’avait encore ce prénom à ce moment précis. Nous aidons simplement les hommes !
- Oui…
- C’est bizarre ce que nous devons faire…
- Peut-être que le monde c’est ça : des choses bizarres un peu partout.
- Finalement, dit alors Ludivine, c’est plutôt agréable comme sensation, vous ne trouvez pas ?
- C’est vrai, je n’aurais jamais pensé cela auparavant !

Pendant que nous parlions, le père discuta alors avec sa femme.
- C’est bizarre, j’ai l’impression que ces chaises grincent, tu ne trouves pas Lisa ?
- Oui c’est possible mon chéri, enfin je ne sais pas, je suis trop occupé avec Cyril. Je n’ai pas envie qu’il me mette de la nourriture partout.

Alors pour eux, nous grincions ? Mais pour moi, ils ne grincentpas, je les comprends très bien même ! Je regardai mes amies qui paraissaient tout aussi étonnées que moi. « Je comprends ce qu’ils disent », « Oui, mais pas eux ». Etrange… Vraiment très étrange que d’être une chaise.
- François ?
- Qu’est ce qu’il y a ? répondit-il, la tête à moitié plongée dans sa tasse de café.
- Tu pourras emmener Thomas à l’école ce matin s’il te plait ? Je suis déjà en retard.
- Oui pas de souci ma cocotte, ne t’en fais pas. Tu es d’accord Thomas n’est ce pas ?
- …
- T’es trop fatigué pour répondre ?

Thomas bougea sa minuscule tête de haut en bas pour dire oui. Au bout d’une demi-heure, voilà les quatre humains qui nous quittent. A huit heures alors, il n’y avait plus personne à la maison. Le calme était revenu non sans mal. Les humains adultes n’avaient de marcher dans toutes les directions possibles, vers toutes les pièces de la maison. Ils avaient oublié les clefs de la voiture, oublié le montre, oublié plein d’autres choses que je ne connaissais absolument pas l’existence. Enfin si ; la voiture je savais ce que c’était… C’est cette chose bizarre dans laquelle nous avions été entassées nous quatre pour être déposées ici-même. Parait-il que c’est confortable ces choses-là, parait-il aussi que nous avions été bien calés dans le coffre. J’infirme totalement ces deux propositions. D’abord, le coffre n’était vraiment pas grand, ensuite nous n’avons pas arrêté de nous cogner partout. Parfois les humains ne savent pas ce qu’ils disent…

Pardonnez-moi cette petite digression. Où en étais-je encore ? Ha oui, je disais que tout devenait de nouveau silencieux ce premier jour dans la maison. Alors nous avons discuté toutes les quatre.
- Et ben dis donc ! Je suis pressé qu’ils reviennent ! Je veux qu’ils se mettent de nouveau assis, C’était super ! s’exclama Marguerite.
- c’est drôle les humains le matin… Ils ne parlent pas beaucoup, ils mangent, ils continuent d’avoir une mine affreuse, ils se pressent pour un rien… dis-je alors. Dites, vous croyez qu’ils font quoi, là en ce moment ?

Personne ne parvint à me répondre, mais nous allions le savoir dès dix-sept heures. Pendant tout ce temps, nous avons discuté, nous les chaises, et c’est à ce moment-là que les prénoms furent décidés. Alors les humains sont revenus et ils ont parlé de plein de choses extravagantes : il était question de « travail de merde », « d’embouteillage à la con », « de patron de pacotille »… En voyant discutant les parents, ça m’étonnerait que ces choses-là soient réellement positives pour l’homme.

Je compris peu à peu ce que ces expressions signifiaient au fur et à mesure que nous continuions à nous faire plaisir en soutenant ces charmants personnages qui nous avaient donc achetées. Nous les connaissions également de mieux en mieux : Lisa la maman, était une personne souriante, qui s’occupait tout le temps de ses deux enfants. Souvent, quand elle faisait son retour à la maison le soir, elle semblait fatiguée et d’humeur maussade. On pourrait en dire pratiquement de même pour François, qui jouait souvent avec ses enfants le soir pour oublier les « soucis » du travail. Il y a constamment des mots qui ne me sont pas familiers et pour lesquels je ne maîtrise pas encore le sens exact.

Cyril, le bébé, pour moi il est insupportable. Il crie tout le temps cet humain miniature ! Régulièrement, voire en permanence, pour n’importe quoi. En plus il pleure, mais on ne comprend à ce qu’il veut parce qu’il ne parle même pas. C’est bien la peine de faire autant de bruit ! Heureusement, son « frère », je crois que c’est comme cela qu’on dit, est beaucoup plus calme, il prête même à rire. Toujours en train de sortir des expressions illogiques, à poser des questions qui n’ont pas réellement de sens… Une famille de quatre personnes, et quatre personnes pourtant bien différentes.

Depuis deux mois, nous étions là, dans cette cuisine et nous avions eu toutes les quatre l’occasion de recevoir le père, la mère et les deux enfants. Evidemment, les sensations différaient selon les gens.
- T’as remarqué, la maman, elle a toujours des pantalons très doux. C’est encore plus agréable vous ne trouvez pas ? remarqua Dynamite.
- C’est vrai que François, niveau douceur, ce n’est pas tellement ça ! Lui, quand il nous tire pour s’asseoir, il tire !
- Le petit Thomas, il se balance aussi, c’est pénible au bout d’un moment ! Pis regarde sa mère qui ne lui dit rien…
- Ben non forcément, elle est trop occupée avec son alarme vivante ! Il faut qu’elle le nourrisse, qu’elle le soigne etc.
- Tu me diras, au moins, quand il a quelque chose dans la bouche, le petit Cyril, il la met un peu en veilleuse ! Déclarai-je.

Nous nous plaisions à dresser le portrait de chacun. Ne croyez pas surtout que les humains n’ont pas de défauts, au contraire. Ils ne sont qu’un nid de défauts. Sans doute est-ce pour cette raison qu’ils ne nous comprennent pas les hommes : si nous étions en mesure de parler, alors nous pourrions leur dresser la liste de tous leurs bugs, et par voie de conséquence, ils seraient extrêmement vexés et ils refuseraient ensuite d’acheter des chaises, quitte à manger sur les genoux.

Les jours suivants nous avons continué à discuter, mais de nos goûts personnels cette fois-ci.
- Moi, je préfère le papa que les autres. Plus il y a de masse, plus je me sens satisfaite. Dis-je.
- Ha bon ? Moi ce serait plutôt le contraire ! Le bébé, je trouve ça moins fatiguant que le gros François.
J’ai sûrement oublié de préciser que les chaises, compte tenu de leur place dans la famille, sont beaucoup plus réalistes que les hommes : c’est-à-dire que l’on appelle un chat un chat et un gros… un gros.
- Tu sais Dynamite, Cyril est léger, mais la mère n’est moins plaisante pour autant. Elle est toujours très délicate, c’est un régal ! répliqua Ludivine.

Petit moment de silence puis :
- En tout cas, Thomas c’est l’horreur, nous sommes toutes d’accord sur ce point-là n’est-ce pas ?

Souvent, comme la mère de Thomas ne réagissait pas quand il se balançait, alors la chaise qui le soutenait, celle-ci étant souvent Marguerite, rouspétait, criait, s’énervait le plus qu’elle pouvait afin de grincer suffisamment fort pour enfin entendre une voix dire :
- Bon Thomas, tu peux arrêter de gigoter autant, tu va faire craquer ta chaise !

Cher monsieur François, sachez que votre fils nous a déjà toutes fait craquer. Sachez également qu’on ne le supporte plus votre gamin assis, aussi drôle et mignon qu’il soit. Parfois les humains, ont du mal à éduquer leurs enfants jusqu’au bout, à la perfection…

Voilà, je suis une chaise qui ai compris rôle rapidement. Soutenir les hommes en échange d’un quelconque plaisir lors de la réception de leur postérieur. Le mieux, c’est d’être en compagnie d’autres copines avec lesquelles je peux parler de tout et de rien, mais surtout d’eux, c’est êtres très spéciaux.


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MessageSujet: Re: Les chaises   Dim 25 Mai - 19:15

Renaud, je te tends mon chapeau bien bas.
C'est une idée merveilleuse.
Mais est-ce-que tu auras assez d'idée pour nous tenir en "haleine" pendant une dizaine de chapitres?
J'ai hâte de le voir!
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renaud
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MessageSujet: les chaises suite   Jeu 29 Mai - 22:47

Chapitre 2 : Je n’ai pas aimé l’arrivée du chien.



Deux ans ont déroulé sans que nous nous en apercevions. Notre vocabulaire s’enrichissait de jour en jour. Nous arrivions à faire le tri entre les bonnes et les mauvaises expressions. Cyril avait trois ans et Thomas fêtait aujourd’hui son cinquième anniversaire. Pour l’occasion il avait invité des amis à lui, qui tanguaient autant que lui lorsqu’ils s’installaient sur nous. Heureusement, ils ne restaient jamais trop longtemps assis et ils ont passé la journée dehors ainsi que dans sa chambre, ce qu’il appelle dans son langage de jeune enfant une « grotte ». Je ne sais pas tellement ce que c’est… Il parlait dans un même temps d’être un « pirate » qui vivait dans une « grotte » avec un « monstre sous son lit ».

- Vous croyez que c’est vrai ? Demanda un jour Marguerite. C’est un pirate ?
- Je n’en sais rien. Il avait dit que les pirates c’étaient des méchants. Il n’est pas méchant si ?
- Ben non, je ne crois pas. Ou alors, nous avons mal compris ce que ce mot signifiait.
- Et « grotte », ça veut dire quoi ?
- C’est un mot encore inconnu… Mais franchement, connaissant le gamin, je ne veux pas trop savoir…

Cyril aussi avait bien grandi. Sur nous il était beaucoup plus calme que son frère. En plus, il pleurnichait de moins en moins. Seulement, les deux garçons se disputaient souvent et pour éviter les différends, ils essayaient de ne pas trop être ensemble. Bien entendu, ce n’étaient que des disputes d’enfants et il leur arrivait de jouer à la « guerre » ensemble, mais les querelles survenaient fréquemment. Alors les parents ont eu l’idée d’accueillir un nouvel être dans la famille, un « animal » qui deviendrait l’ami commun des deux frères, un « chien » qui pourrait rapprocher les deux garçons.

Quand les parents leur avaient annoncé, à Cyril et à Thomas, ils poussèrent des immenses, des gigantesques, des extraordinaires cris de joie. Par naïveté, j’ai cru alors qu’un « chien », qu’un « animal » devait quelque chose de bien, de super, quelque chose de tout à fait fabuleux. Alors, mes copines et moi aussi étions tout heureuses, il y allait avoir quelque chose de nouveau, de complètement inédit :

- Ca doit être génial un chien. Tu as vu comment ils s’en réjouissent ? S’enthousiasmait déjà Dynamite
- Patience, patience les amies. On ne sait jamais. Les humains sont souvent très bizarres, je pense que vous l’avez remarqué aussi n’est-ce pas ? dit alors Marguerite.
- Souvent, mais pas tout le temps non plus, lui répondais-je. On peut quand-même avoir confiance en eux quelquefois !

Si j’avais su à ce moment-là à quel point je me trompais. Si seulement quelqu’un m’avait expliqué ce qu’était réellement un « chien »… Cette chose est arrivée à la maison exactement deux mois après l’anniversaire de Thomas (vous devez sans doute être étonnés de constater à quel point je maitrise les dates et les chiffres. C’est notamment grâce à la radio qui est allumée le matin, d’où sort une voix qui annonce le jour et la date. A partir de là, j’ai alors su compter jusqu’à trente-et-un). Le chien ne ressemblait pas du tout à un humain, pourtant, il a quand-même reçu un prénom. Cette bête a été alors appelée Bruce. Parallèlement, le cauchemar de chaises venait lui aussi d’être nommé, et en plus de la même manière !

Bruce « aboyait » beaucoup. Ca veut dire en d’autres termes qu’il cassait les oreilles à tous ceux qui en ont, y compris les nôtres qui étaient et sont encore inexistantes. Bruce est poilu et il a attrapé la très mauvaise habitude de perdre ses poils un peu partout et surtout sur nous. Il faut ajouter aussi qu’il est incroyablement brusque et que cela lui arrive de nous foncer dessus et de terminer ses multiples courses en nous bavant sur les pattes. Le plus étonnant, c’est que notre cauchemar ne mesure pas grand-chose. Il était tout petit, très mignon, certes, mais il était également stupide, pas très réfléchi et il réagissait beaucoup par le simple hasard… Mais ça ne le dérangeait absolument pas, il remuait la queue pour montrer qu’il était content, à croire qu’il était satisfait de lui en étant idiot. Quand je pense que François le papa certifiait que les chiens, en plus d’être les meilleurs amis de l’homme, étaient des animaux intelligents… Les humains sont étranges !

Bien sûr, Bruce faisait effectivement le bonheur des enfants et de leur père. Mais nous les chaises et la maman, nous constations bien ses pertes de poils et les dégâts qui causaient à l’intérieur de la maison… Officiellement, le chien devait par conséquent rester dehors la journée quand personne ne se trouvait à la maison. Mais il suffisait qu’il pleuve un tout petit peu, qu’il y ait deux ou trois nuages menaçants dans le ciel, voilà que les trois hommes suppliaient la pauvre et seule femme du foyer qui craquait naturellement face à la demande. Même elle de son côté ne restait pas insensible au charme de la petite bestiole baveuse. Qui sont finalement les malheureuses victimes des violents coups de langue de Bruce ? C’est nous, tout simplement nous.

Nos journées auparavant si calmes, ces journées où nous pouvions tranquillement bavarder entre chaises, ce temps où nous pouvions nous reposer (parce que aussi agréable soit la sensation de soutenir les hommes, cela reste une activité fatigante, surtout lorsque la charge est loin d’être négligeable). Tout ce beau temps est maintenant fini, terminé et daté. A présent, il faut cohabiter avec ce fardeau vivant !

Pour être franc, il lui arrive de faire des longues siestes qui peuvent durer une après-midi entière. Mais le matin, la bête est déchainée et il lui arrive de nous sauter dessus. Alors forcément, nous on s’énerve :

- Mais tu va nous laisser un peu tranquille oui ! Mais ce n’est pas possible d’être aussi pénible. Cria un jour Ludivine.
- Il est encore jeune, il faut l’excuser… Relativisa Marguerite, qui avait toujours la bonne parole au bon moment.
- Il est peut-être jeune, mais il est déjà bien pénible. On dirait François quand il rentre du travail sauf que ce débile de Bruce, lui, il est content d’être comme il est là ! Répliquai-je.
- Toi, tu es bien content d’être une chaise non ? Répliqua alors Marguerite.

Je ne sus quoi répondre. C’est vrai, j’aime être une chaise… Et alors, elle aussi elle apprécie cela non ? C’est Ludivine qui répondit à ma place :
- Nous au moins les chaises, on n’est pas aussi dérangeantes qui lui !
- Quoi de plus normal, nous ne pouvons pas bouger. On ne peut pas faire autant de boucan que lui, c’est logique ! rétorqua de nouveau Marguerite, qui tenait tant à défendre le chien.

Nous avons continué à nous disputer pendant un certain laps de temps, rien que pour lui, pour cette bête velue et humide. Pourtant, le temps avait donné raison à Marguerite : Bruce qui n’était qu’un chiot a grandi rapidement et il a été très bien éduqué par la maman. Du coup, progressivement, il est devenu plus calme, moins brusque et il aboyait beaucoup moins. Comme quoi le travail des humains peut parfois payer. Néanmoins, la magie et les miracles n’existent pas pour autant : Bruce est resté idiot… Quand il entend quelqu’un qui sonne à la porte, il s’excite comme un fou, quand il est parfois dehors pendant toute la journée, il reste le nez collé à la vitre, dès qu’il pleut, il veut aller faire une promenade… Et j’ai pu comprendre d’après François que la pluie, « c’est vraiment déprimant », que c’est synonyme de « temps pourri », de « temps à rester au lit ». J’en ai déduit que la pluie, les humains ne devaient pas trop l’apprécier.

Plus le chien devenait éduqué, et plus il avait envie de venir se reposer sur l’une d’entre nous. Une fois, il s’était couché sur mon dos et l’impensable s’est produit : il arrivait à nous comprendre. Cela fut difficile à prouver, parce que de notre côté, nous semblions incapables de savoir ce qu’il souhaitait dire lorsqu’il aboyait.

- Je suis sure qu’il nous comprend, nous dit Dynamite ce jour-là. Quand il était plus petit, parfois on s’énervait pour de bon et il arrêtait soudainement son charivari.
- Puis, maintenant qu’on le complimente, il a l’air de beaucoup plus nous écouter non ?
- Il n’y a qu’à essayer… expliqua Marguerite.
- Bruce ! Va te coucher sur le canapé ! Tout de suite ! - Bruce, obéis !

Mais rien ne se fit, rien ne se produisit. Je ne comprenais pas pourquoi. Je doutais du fait qu’il puisse alors nous entendre, et encore plus de fait qu’il ait des capacités requises pour écouter nos ordres.
- C’est sur que si tu énonces les ordres de manière aussi sèche, jamais le chien ne va t’écouter ! Regarde un peu comment il faut faire.
Et Marguerite s’exécuta en demandant poliment au chien s’il voulait bien aller se reposer sur le canapé plutôt que sur mon dos. Au bout de quelques secondes, Bruce s’étira, se leva, me quitta et suivit la demande de Marguerite à la lettre.

Ludivine, Dynamite et moi, nous en étions toutes retournées. C’était tout de même incroyable ! J’essayais alors d’imiter Marguerite :
- Bruce, c’est bon tu peux revenir sur moi. Tu peux revenir tout de suite même. Alors tu arrives ?
Bruce, fidèle compagnon des chaises, écouta et revint vers moi sans même rouspéter.
- Comment ça se fait qu’il écoutait quand on râlait quand il était encore chiot ?
- Ce n’était qu’un enfant… Maintenant il est grand, il veut être respecté je suppose.

Spectacle incroyable, je vous l’accorde, mais il est autrement plus comique. Quand Thomas demande au chien de se mettre assis ou couché ou de ne pas bouger, il est effectivement très rare que le chien l’écoute. « Maman, Bruce, il ne comprend vraiment rien ! ». Même Lisa et son mari ne parvenaient plus à dominer l’animal. C’est vrai, j’ai dit que la maman avait éduqué le chien, mais c’était à l’époque où elle était patiente avec lui. A présent, elle lui parle plus sèchement… Leur excuse, c’est qu’à présent, les mauvaises habitudes de Bruce sont trop présentes pour disparaître.

Heureusement que les humains ne savent pas que nous les chaises, on arrive à faire obéir les chiens, sinon ils seraient extrêmement vexés…


Dernière édition par renaud le Mar 17 Juin - 19:24, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Les chaises   Ven 30 Mai - 2:09

Vraiment pas mal le coup des chaises qui parlent avec le chien ^^

Bien apprécié aussi le fait que les persos soient incapables de donner des ordres au chien alors que les chaises n'ont qu'à le lui demander gentillement, c'est plutôt cool, j'ai hâte de voir quelle sera leur prochaine rencontre Smile.
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MessageSujet: Les chaises suite   Sam 31 Mai - 14:52

Chapitre 3 : les chaises musicales ? Drôle de jeu !



Thomas avait encore cinq ans ce jour-là, bien qu’il se rapprocha rapidement de son sixième anniversaire. Cyril quant à lui venait tout juste d’avoir 4 ans.

C’était une journée comme une autre, un samedi je crois, (grâce à la radio, j’ai aussi appris les jours ! qui a dit que les chaises n’étaient que de simples choses ?). Le repas de midi se finissait à peine, le papa s’enleva enfin de moi.

- Oulala ! Ils sont restés assis longtemps aujourd’hui.
- Hé oui Rosalie ! Comme tous les samedis !
- C’est mon jour préféré. Puis je crois que François a pris du poids, il est une source de plaisir encore plus conséquente qu’auparavant. Enfin, je parle pour moi !
- C’est possible… réfléchit Ludivine. C’est vrai qu’une fois il parlait avec Lisa. Elle lui disait en lui tâtant le ventre que monsieur avait « pris du gras ». Pour se défendre, il a expliqué que c’était à cause du stress au travail…
- Ben dis donc… Pourquoi les humains vont-ils travailler ? Que ce soit la mère ou le père, ils se plaignent toujours de ça. Ils n’ont qu’à aller en « vacances » toute l’année. Ils ont l’air d’aimer ça les vacances non ?

Personnellement, je n’étais pas trop pour les vacances… Nous restions seuls, sans personne, sans aucune activité, sans aucun plaisir, sans rien à faire… En revanche, j’adorais l’instant où les humains faisaient le grand retour, avec leurs nombreuses valises, leur sourire et leur masse conséquente à soupeser.

Veuillez, je vous en prie, me pardonner pour cette nouvelle intervention qui me parait être à nouveau hors-sujet. J’en étais au moment où la famille se levait de table. Comme d’habitude, la vaisselle fut débarrassée, les enfants étaient partis jouer je ne sais où dans la maison avec le chien, François regarda la télévision. Lisa s’installa près de son mari, mais elle préféra lire un livre ou une revue.

Vers treize heures, Thomas commença à tourner en rond dans la maison. Il semblait impatient, il me donnait l’impression qu’il attendait quelque chose, une chose qui devait se produire mais qui ne se pressait absolument pas. Il s’installa à son tour près de ses parents, puis repartit, puis il revint et ainsi de suite. Au cours de son long manège, sa mère lui demanda de cesser de s’agiter autant. Au départ, influencée par mon expérience de chaise, je pensais qu’il avait une envie de se rendre aux toilettes. Combien de fois n’ai-je pas entendu sa mère lui ordonner de se rendre aux WC lorsque celui-ci n’arrivait pas, encore plus qu’à l’ordinaire à se tenir tranquille. Mais manifestement, je me trompais car il soupira et demanda :

- Mais c’est quand qu’ils arrivent ? Je m’ennuie moi !
- Ils arrivent bientôt mon Poussin. Je leur ai dit quatorze heures, il ne reste plus que vingt minutes.

Thomas soupira à nouveau et s’assit alors sur Dynamite. Dans le même temps, nous avons bavardé entre nous :

- Elle l’a appelé « Poussin » ? C’est quoi ça ?
- Je crois que c’est une sorte de machin jaune… Tu te souviens, la maman en avait acheté un une fois pour faire plaisir à Cyril, pour qu’il puisse le prendre dans son « bain ».
- C’est ça un poussin ? Mais il ne ressemble pas du tout à ce genre de choses si ?
- Non, ça c’est un canard en plastique. C’est presque la même chose… expliqua Marguerite
- En tout cas, il n’est pas jaune… Remarquai-je, pleine de bon sens.
- Ils appellent leur fils « Poussin »… Quand même, ils sont étranges les humains !

Cette réplique que je trouvais pertinente posa un silence léger puis je repris la parole, bien lancée :

- Qu’est ce qui se passe à quatorze heures en fait ?
- Je ne sais pas du tout ! Répondit Marguerite. Ce sera la surprise.
- Les connaissant, la surprise sera naturellement loufoque… s’exclama Dynamite.

Elle s’exclama d’ailleurs tellement fort que Thomas se fit disputer pour autant gigoter et faire grincer la chaise. Pour une fois que ce n’était pas de sa faute… Il le savait en plus ! Il se défendit en disant qu’il demeurait immobile sur Dynamite, mais personne ne voulut le croire. Thomas, promis, si les hommes pouvaient nous comprendre, j’aurais pris partie pour toi.

Quatorze heures arriva alors. Il fallut peu de temps alors pour quelqu’un se mette à sonner. Comme à son habitude, Bruce le chien courut vers la porte et aboya, s’excita, sauta dans tous les sens… Lisa cria « Bruce, tiens-toi tranquille ! Ca suffit ! ». Et Thomas essayait de soutenir sa mère : « Bruce ! Calme-toi ! »

Marguerite décida de prendre le dessus : « S’il te plait Bruce… Je t’ai déjà dit que quand ça sonne à la porte il faut rester calme. Allez éloigne-toi de là, arrête d’aboyer. D’accord ?

Comme par magie, Bruce obéit. Au lieu de remercier Marguerite, la mère soupira et fut soulagée de constater, selon elle, que parfois ce chien était capable de comprendre ce qu’elle lui disait, même s’il fallait pour cela élever quelque peu la voix. Voyez-vous, chers amis, vous êtes parfois, voire souvent, littéralement à côté de la plaque !

Derrière la fameuse porte, trois amis de Thomas, c’était donc cela la surprise… Finalement il n’y avait rien d’extraordinaire. Ses copains étaient tout à fait banals, ils ressemblaient en tout point à Thomas. Pendant cette journée, il y a eu énormément de boucan. Il n’y avait plus un seul pirate dans la grotte du fils ainé, mais quatre ! Cinq quand Cyril se joignait à toute la bande. Six quand le chien souhaitait lui aussi savoir ce que ça faisait de devenir le pirate d’une après-midi. Le reste de la maison n’avait qu’à bien se tenir !

Ce que j’aurais voulu observer ce qu’il se passait dans cette grotte… Je ne sais pas ce que c’est une chambre, et encore moins à quoi ressemble une chambre-grotte ! J’habite dans la cuisine, je suis à présent bien trop accommodée à ce lieu… Heureusement que nous avons la vue sur le salon, la salle à manger et sur la terrasse, même si ce n’est qu’une minuscule vue… Il y a bien eu des jours, où nous avons été utilisées par les parents, et même par les enfants pour qu’ils puissent atteindre le haut de certains meubles, de certaines armoires, mais ils nous remettaient si vite à notre place que nous ne pouvions jamais trop observer les nouveaux lieux. Ainsi j’ai peut-être aperçu rapidement autre chose que la cuisine, brièvement, sans trop avoir le temps de remarquer quoi que ce soit d’intéressant.

Bref… Excusez-moi encore, je ne peux m’empêcher d’ouvrir des parenthèses et de tarder à les fermer. Les deux frères et les amis (plus encore le chien) occupèrent notre lieu de vie afin de boire et de manger, mais aussi de se reposer de leurs rudes efforts, ceux qu’ils fournissaient en tant que pirates de la maison. Il était cinq heures de l’après-midi, leur jeu les épuisait et ils en avaient marre d’autant plus leur imagination ne leur permettait plus de continuer l’histoire des six formidables aventuriers de la grotte. A quoi allaient-ils donc jouer ? Que pouvaient-ils bien inventer pour s’amuser ? Je viens de vous le dire, ils n’étaient plus en mesure d’imaginer quoi que ce soit, du coup, Thomas demande à sa mère de trouver des idées :

- Je n’en sais rien mon Poussin. Faites un jeu de société…
- Mouais… Mais on n’aime pas trop ça nous les jeux de société… On s’ennuie trop vite avec ça !
- Vous n’avez qu’à jouer aux chaises musicales ! Proposa alors François le papa.
- C’est quoi ce jeu-là ? Demanda l’un des enfants.

J’étais assez curieux de connaître la réponse, parce que d’une part, je ne savais pas à quoi correspondait ce jeu et d’autre part, nous étions mine de rien impliqués là-dedans. Marguerite, Ludivine et Dynamite paraissaient impatientes également de connaître la nature de cette invention à priori humaine.

- C’est simple, vous êtes cinq enfants, il y a quatre chaises autour de la table. Vous allez tourner autour de la table pendant que la musique est en marche et dès qu’il n’y a plus un son, dès que c’est le silence, il faudra vous mettre assis. Celui qui n’a pas de place est éliminé. Ensuite quand vous n’êtes plus que quatre, on retire une chaise, et ainsi de suite.
- Génial, je veux jouer à ça. S’exclama Thomas
- Moi aussi ! Confirma Cyril

Les trois autres enfants se montraient eux aussi extrêmement enthousiastes. De note côté, nous les chaises étions perplexes.

- Je ne sais pas pour vous, mais moi je ne le sens pas bien du tout ce jeu-là. Ca ne me dit rien qui vaille…
- Tout à fait d’accord. Répondit Marguerite. Je crois qu’on va vite savoir ce que c’est des pirates…

Effectivement, les humains miniatures n’étaient aussi fatigués qu’ils ne le prétendaient. François lança la musique, tout heureux de sa trouvaille. Il dansait à moitié sur les mélodies de son époque, Lisa le regardait, souriait et chantonnait les aires de ces vieilles chansons qui avaient fait leur bonheur à tous les deux. « Hé ho ! Ca fait longtemps qu’on tourne nous ! ». Le papa reprit ses esprits puis il arrêta soudainement la musique, les petits prirent conscience que la musique venait de s’interrompre, et les voilà à cinq en train de se jeter sur nous comme des dingues !

- Mais ils sont complètement malades ces gens ! Mais il faut aller se faire soigner là ! Ils vont nous achever un jour si ça continue ! Cria Dynamite.
- Aïe ! Ne me fais pas râper le sol comme ça imbécile va ! Rouspétai-je.
- Leur jeu, il est vraiment nul ! Les humains, c’est vraiment bête !

Cyril, selon les règles du jeu, venait d’être éliminé. Il restait encore quatre petits bonhommes en liste. Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un, ils ont continué à se jeter sur nous, à nous négliger, à nous faire tanguer dans tous les sens. Jamais de ma vie entière de chaise, je n’ai été autant secoué ! Ils bondissaient sur nous, parfois seul, parfois à deux, parfois plus ! Nous grincions de tout notre possible pour réussir à leur faire saisir le fait que nous n’apprécions vraiment pas leur activité, mais la musique était trop forte, on ne nous entendait pas.

Malheureusement, le premier vainqueur fut l’un des amis. Je dis bien malheureusement, parce que le premier vainqueur ne fut pas le dernier. Autrement dit, ils ont poursuivi le jeu. Il fallait alors que l’on trouve une solution pour qu’ils stoppent tout. Et je dois avouer que Dynamite a eu une idée de génie :

- Bruce tu peux venir vers nous s’il te plait ? C’est bien ! Alors maintenant écoute-moi bien : il faut absolument que tu nous aides d’accord ? D’accord ? Très bien. Quand tu verras les garçons tourner….
- Bruce, écarte-toi des chaises ! ordonna François en remarquant la présence de l’animal dans la zone de jeu.
- Je disais donc que quand tu verras les garçons tourner autour de la table, il faudra que tu essaies de pousser Thomas d’accord ? Pas Cyril, il pourrait avoir trop mal mais Thomas il est plus solide que lui. Essaie de le faire tomber par terre sans non plus être trop méchant d’accord ? Tu n’as qu’à faire semblant que toi aussi tu as envie de jouer. Merci beaucoup Bruce.

Et voilà le chien qui se met alors à tourner autour de nous comme les enfants. Son comportement fit rire tout le monde. Seulement lorsque la musique fut mise en pause, il fit mine d’être épouvanté par l’agitation que le silence avait provoqué, il fit mine également d’avoir involontairement poussé Thomas qui tomba et qui, par conséquent, pleura.

- Ho Bruce ! Regarde ce que tu as fait… Ca va mon poussin ? S’inquiéta Lisa.
- Il n’a pas dû le faire exprès. Il voulait simplement jouer lui aussi… Sacré Bruce va. Tu as mal ou Thomas ? Demanda le papa.
- Au genou … Dit alors l’ainé des deux frères entre deux sanglots.

Les parents examinèrent la blessure et jugèrent que ce n’était pas bien grave. « Bon on va soigner ce minuscule bobo et pis après vous irez jouer à un jeu de société, ça sera moins dangereux ». Cette fois-ci, personne ne protesta et le résultat, c’est que nous allions nous aussi pouvoir nous reposer. Pour une fois, Bruce avait été très intelligent mais en outre, il nous avait rendu un immense service.

Si les humains savaient à quel point ils ne peuvent pas tout comprendre, si nous pouvions leur faire remarquer cela en leur disant franchement, c’est sûr, ils seraient extrêmement vexés…


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MessageSujet: les chaises suite   Lun 2 Juin - 1:49

Chapitre 4 : la querelle avec les chaises du jardin.


Le printemps est une saison particulière : c’est une naissance. Je suis
consciente que je ne vous apprends rien, mais moi, c’est une chose que je
trouve fantastique : la nature est capable de se sacrifier pour mieux
vivre ensuite. Quand vous les humains vous saurez faire cela, Alors mon bois
sera déjà bien entamé et pourri. Ce n’est cependant pas pour autant que vous
n’êtes sensible au charme de cette merveilleuse saison et pour preuve, la
famille avec laquelle je vis.

Ils se sentaient joyeux, ils souriaient pour rien, les enfants ne jouaient plus dans la « grotte » à l’intérieur de la maison mais dans la « jungle », située sur la terrasse. Je ne comprends pas non plus ce mot, mais nous nous étions
entretenues la veille et Marguerite, qui savait toujours tout, nous avait alors expliqué :

- En fait, ici il n’y a pas de vraie « grotte » ni de vraie « jungle ». Vous vous souvenez, La maman elle avait invité une amie il n’y a pas longtemps ?
- Oui c’est qui l’ai porté et sa ceinture m’a frotté pendant tout le temps qu’elle était assise, ce n’était pas agréable du tout ! Répondit Dynamite.
- Oui c’est le jour-là ! Et bien Lisa expliquait que son fils débordait d’imagination et qu’il pensait toujours être un pirate qui vit dans une grotte et occasionnellement dans la jungle quand le soleil est là. Pis elles en ont ri toutes les deux.
- Mais pourquoi il a de l’imagination alors ?
- Ben elles en ont discuté après. Apparemment, les humains ils trouvent ça bien d’imaginer… L’invitée elle disait que c’était de pouvoir s’évader et de vivre dans son monde rien qu’à soi. Et Lisa parlait de son docteur qui expliquait qu’à l’âge-là, les enfants inventent généralement un monde fictif bien à eux…
- Ils sont vraiment drôles les humains !
- Je me souviens aussi une fois, le papa il parlait d’un de ses collègues. Il disait que lui aussi il avait de l’imagination parce qu’il se plaisait à croire que les meubles pouvaient parler entre eux… Si seulement il savait…

Nous avons beaucoup ri de cette dernière remarque. Les humains sont parfois si rigides dans leurs pensées… En plus, ils parviennent à vite oublier, j’ai compris cela lors du premier printemps de ma vie. C’est simple, la famille nous a tout simplement négligées durant les jours ensoleillés.

C’était le joli moi de mai, la température grimpait fortement et les habits des humains ont dans le même temps rétréci. Plus aucun pull ne trainait sur les épaules des enfants et des parents. Malheureusement pour nous, car ces pulls en question finissaient au final sur nos dos à nous les chaises. Alors nous avons chaud à leur place… Le problème, c’est qu’ils ne s’en aperçoivent pas. Pire : ils s’en fichent totalement. Souvent François, en rentrant du travail, salue sa femme et ses enfants, se plaint qu’il fait chaud, puis il nous jette sa veste sur les épaules. Parfois, j’ai l’impression qu’il n’a aucun respect pour nous. Notre seul moyen pour nous rafraichir est de faire appel au chien, ce cher Bruce que nous croyions idiot jadis :
- Bruce ? Mon cher Bruce, tu peux venir ? S’il te plait, sers-toi ta langue pour nous procurer un peu de fraicheur…

Et voilà le chien qui commence à nous lécher sur toute notre surface. Processus écœurant, je vous l’accorde, mais dans une situation aussi exceptionnelle, il faut employer des mesures exceptionnelles. Mais évidemment, ces maudits humains ont à nouveau rien compris.

- Lisa ! Il y a Bruce qui lèche les chaises ! Il est vraiment fou ce chien !
- Bruce arrête ça tout de suite, C’est sale !!

Dynamite demanda alors au chien d’écouter les deux parents pour qu’il ne fasse pas trop gronder. Hé oui ! Nous avons aussi pitié de ce pauvre Bruce quelquefois ! Que les humains ne fassent pas trop attention à nous, qu’ils soient distraits quand le printemps arrive, je peux encore le concevoir. Mais ils ont été encore plus loin dans leur mépris. Car ils nous ont en effet méprisées. Que ce soit pour le petit déjeuner, pour le déjeuner, pour le goûter de seize heures ou même pour le dîner, toute la famille nous quittait. Ils préféraient manger sur la terrasse autour d’une table en bois. Naturellement, nous n’avons pas compris pourquoi ils ont changé radicalement de lieu d’un coup :

- Qu’est-ce qu’ils nous fabriquent là ? Demanda Ludivine. Pourquoi ils ne viennent plus ici ?
- Je n’en sais rien, c’est vraiment un drôle de comportement !
- Je crois que c’est le soleil. Ca leur a tapé trop fort sur la tête ! Pensa Marguerite.
- Soleil ou pas soleil, j’espère qu’ile ne vont pas nous abandonner longtemps… Ho !
- Qu’est ce qu’il y a ? S’interrogèrent les copines toutes en cœur.
Cependant je ne réussissais pas à trouver les mots pour traduire ce que je venais de voir en belles phrases manifestement harmonieuses.
- Là-bas… Terrasse… Il y en a des autres… Ils s’assoient sur elles… Il y a des autres chaises !

Effectivement, en-dessous du parasol et autour de la table en bois, se trouvaient quatre autres chaises, qui profitaient pleinement de nos humains. NosHumains ! De quel droit osaient-elles nous les voler ? Comment faisaient-elles pour n’éprouver aucune honte, aucun remord, pour n’avoir aucune compassion pour nous, celles qui été lâchement abandonnées ? Et eux, comment pouvaient-ils manger, comment pouvaient-ils encore avoir la sensation de faim, avoir de l’appétit après un geste aussi bas, après un comportement aussi odieux ?
Dehors, au beau milieu de la « jungle », comme le disait si bien Thomas, on riait, on chantait, on discutait, on passait un agréable moment alors que dans la cuisine, pas un seul bruit, pas un seul son si ce n’est celui de l’horloge, régulier, de la même tonalité, devenant insupportable sur la longueur. Seul le valeureux Bruce s’étendait près de nous. Quant à moi, j’avais toujours aussi chaud avec la veste de François sur moi. Le chien sembla le comprendre et soudain il se leva, vint vers moi, grimpa sur moi et fit tomber la veste à terre. « Merci beaucoup Bruce. Tu es vraiment un amour, tu ne peux même pas savoir à quel point ». Mais une fois n’est pas coutume, François avait de nouveau rien compris à la situation : « Bruce, laisse mes affaires là où elles
sont ! » Il ramassa le vêtement et le déposa à nouveau sur mon dossier. Le vaillant animal poussa de nouveau la veste à terre, le père s’énerva en répétant mot pour mot ce qu’il venait de dire juste avant. Enfin Lisa me vint en aide involontairement : « En même temps, si tu rangeais tes affaires, il ne pourrait pas les mettre au sol n’est-ce pas ? ». François vexé, ramasse son habit et le posa sur un cintre, dans le placard. C’était bon, je respirais de nouveau normalement.
Je ne pouvais m’empêcher de fixer méchamment les chaises du jardin. Sans le vouloir, c’était inconscient, je les détestais. En un rayon de soleil, elles avaient tout dérobé. Parfois, je les entendais parler au loin et pouffer de rire et je suis quasiment certaine qu’elles parlaient de nous.

- Regarde-les ces idiotes ! Elles se moquent de nous ! Il faut être bête pour se moquer du malheur des autres !
- Si ça se trouve elles ne se fichent pas de nous. Tu es juste un peu contrariée pour le moment c’est tout… Me dit Marguerite.
Elle devait sans doute avoir raison… Après tout, nous n’étions et ne sommes toujours pas le centre de l’univers, au contraire. Cependant, elles continuaient de chuchoter des choses et je crus entendre « les autres chaises là-bas ». J’en étais certaine, il était question de nous. Dynamite aussi avait l’air d’avoir entendu.
La cuisine était séparée de la terrasse par une fenêtre qui était en même temps une porte, cette dernière étant ouverte grâce au joli temps. Du coup, Dynamite ne s’est pas retenue de faire part de ses impressions :
- Hé ! Ca vous dérangerait de parler moins fort quand vous vous racontez vos débilités entre vous ?
- Pourquoi tu te mets à nous agresser comme ça toi ? Tu as un problème ? répondit l’une des chaises de jardin avec un fort accent du sud.
- Vous vous moquez de nous mais en plus, vous ne le faites pas discrètement!
- Té ! Arrête voir de dire n’importe quoi toi ! S’exprima une autre chaise qui prenait littéralement un bain de soleil. On parle tranquillement c’est tout.
- Elles nous prennent vraiment pour des idiotes celles-là ! Ca m’énerve ça ! Dis-je sur un ton exaspéré.
- C’est la jalousie qui te rend comme ça ?

La jalousie ? Jalouse de quoi, de qui et quelle manière ? Jalouse parce que la famille préférait manger dehors en laissant seules à la cuisine pour s’installer sur ces chaises qui n’avaient rien d’autre pour elle que ce fort et bel accent ? Pas du tout, je n’étais absolument pas sensible à tout cela. Une dispute éclata alors entre elles et nous. Ce fut des insultes qui volèrent dans les airs, une dispute si violente que même Bruce jugea bon de s’en aller. « Vous n’êtes que des vieux tabourets, voilà tout ! ». C’est la dernière réplique qui sortit de la bouche de Ludivine, pourtant si discrète d’habitude, qui fit guise de conclusion à ce conflit, car François venait de fermer la porte de la cuisine qui permettait le passage entre la cuisine et le jardin.

Les jours s’enchainaient, le soleil brillait toujours autant. François déposait toujours ses habits sur chacune d’entre nous le soir, Bruce les faisait systématiquement tomber, nous restions seules aux heures de repas pendant que la bonne humeur envahissait l’extérieur, là où nous étions absentes.

Puis un jour, tout de même, la pluie tomba. Elle mouilla atrocement les chaises du jardin qui étaient sans doute punies pour toutes les méchancetés qu’elles échangeaient entre elles sur nous. Cette pluie nous permit de renouer les liens avec la famille qui fut contraint de manger dans la cuisine, là où elle ne risquait d’être trempée. Seulement, les jours comme ceux-là, les humains pouvaient aisément les compter avec les mains : Neuf jours de pluie en mai, huit en juin et huit en juillet, sans oublier non plus les vacances.

Evidemment, dès que nous en avions l’occasion, nous nous disputions avec les chaises du jardin. Marguerite néanmoins souhaitait ne pas réagir. Elle jugeait cela inutile et que de toute façon, les humains reviendraient forcément un jour dans la cuisine. Elle m’agaçait à toujours avoir raison ! Lisa aussi parlait de l’une de ses collègues de travail qu’elle ne supportait pas : « elle croit
tout savoir mieux que tout le monde, mais en plus c’est vrai ! Je n’aime pas les gens comme ça moi ! »

Nous avons été fâchées avec les chaises du jardin pendant tout le printemps et durant une grande partie de l’été, mais la situation changea à la moitié du mois d’aout. La famille avait invité un couple d’amis et leurs deux enfants. Comme souvent, il faisait légèrement doux le soir, et le ciel était dégagé. Ils décidèrent de manger dehors mais ils remarquèrent vite qu’il fallait ramener des chaises autour de la table de bois. Les autres chaises, ce fut nous ! Nous devions alors cohabiter avec les chaises du jardin, ces quatre pestes.


Nous n’étions pas habituées à vivre dehors. Un léger vent suffisait à nous glacer littéralement. Heureusement que les postérieurs des humains étaient assez larges pour nous réchauffer le plus possible. Ludivine, Marguerite, Dynamite et moi tremblions réellement de froid :autrement dit, nous grincions fortement.
- Je n’en peux plus. Me lamentai-je. Il est vingt-deux heures, j’ai froid je veux rentrer dans la cuisine !
- Ne te plains pas, nous c’est tous les soirs qu’on doit supporter ça… Rétorqua l’une des chaises de bois.
C’est vrai, je ne pouvais pas le nier, nous n’avions pas les mêmes conditions de vie…
- Comment vous faites alors pour vivre ici ?
- On reste immobiles et on attend que ça passe… De toute façon nous n’avons pas tellement le choix… La journée quand, il y a du soleil, je ne dis pas, c’est parfait. Mais dès que la nuit tombe, ce n’est plus du tout la même histoire.
- Le pire c’est la pluie. Poursuivit l’une des autres chaises. Ce n’est pas génial d’être mouillé, croyez-moi !
- Je me souviens, une fois Cyril m’avait renversé de l’eau sur le fessier. S’exprima Ludivine. Ce n’est pas une superbe sensation ! Loin de là.

Il y eut alors un silence. En fait, les chaises du jardin nous ressemblaient… Elles étaient quatre, elles vivaient ensemble et elles devaient surmonter leurs propres épreuves de la vie quotidienne. Nous avons bavardé avec elle le reste du repas et elles nous ont expliqué qu’elles vivaient dans le « garage » pendant l’hiver. C’est un endroit sombre, avec beaucoup de « toiles d’araignée ». Ils disaient aussi qu’elles prenaient souvent la « poussière » pendant
ces périodes. Enfin, elles nous expliquèrent que c’était dans le garage que se
trouvait la fameuse voiture dans laquelle nous avions voyagé pour arriver ici,
dans cette charmante maison.

- Vous comprenez, quand l’été arrive, nous sommes ravies de pouvoir enfin recevoir les humains ! C’est un apport de chaleur qui est non négligeable et très réconfortant. Ne vous inquiétez pas, après vous la récupérerez votre famille : j’ai entendu le papa dire que nous serions de service uniquement
l’été, quand il fait beau…
- Oui, oui, nous comprenons ! répondit Marguerite. N’est-ce pas les amies ?
Si nous avions pu rougir, croyez-moi, cela aurait été le cas. A la fin de la soirée, nous étions un groupe de huit chaises qui fondait en excuses. Huit ? Oui, même Marguerite, mais uniquement pour la commodité de la scène.
-Vous savez quand on rigolait… Avoua l’une des chaises du jardin. C’est parce qu’on vous trouvait un peu pâle…
- Pâle répétai-je ?
- Ben oui… vous ne voyez jamais le soleil vous ! Alors du coup, vous paraissez un peu pâle…
- C’est tout ? Décidément, il n’y a pas que les humains qui sont étranges….
Depuis plusieurs printemps et étés ontpassé, plus une seule dispute n’a éclaté. Dès que la fenêtre était ouverte, nous en profitions pour bavarder avec les chaises du jardin, au splendide accent du midi.

Si seulement les humains savaient que mêmes les chaises peuvent se disputer, cela les rassurerait. S’ils savaient que les chaises sont capables de se réconcilier, peut-être que nous deviendrions un modèle pour eux… Qui sait ?


Dernière édition par renaud le Mar 17 Juin - 20:58, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Les chaises   Lun 2 Juin - 11:33

J'ai lu que le chapitre 3 pour le moment, j'ajouterai un autre commentaire une fois que j'aurai lu le 4 également.

Vraiment cool les chaises musicales, j'adore leurs réactions ^^

Mention Spéciale pour :



Citation :
Le papa arrêta soudainement la musique,
les petits prirent conscience que la musique venait de s’interrompre, et les
voilà à cinq en train de se jeter sur nous comme des dingues !

- Mais ils sont complètement malades
ces gens ! Mais il faut aller se faire soigner là ! Ils
sont graves ! Cria Dynamite.
- Aïe ! Ne me fais pas râper le sol comme ça imbécile va !
Rouspétai-je.
- Leur jeu, il est vraiment nul ! Les humains, c’est
vraiment bête !

J'adore, elles ont à la fois un comportement bourgeois et un caractère de chien (c'est le cas de le dire), le tout mélangé à leurs réfléxions et insultes... que du bonheur ^^


Je suis content de voir que tu n'es pas en manque d'inspiration quant à leurs aventures Smile, j'espere que les chapitres vont être nombreux Smile.
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MessageSujet: Re: Les chaises   Mar 3 Juin - 0:46

Bien aimé aussi le chapitre 4 Smile, bien trouvé l'accent du sud, pour des chaises qui se la coule au soleil, logique.

Je venere le chien, il est terrible ^^.

Mais cela dit mon épisode préféré reste les chaises musicales à ce jour Smile
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MessageSujet: les chaises suite   Sam 14 Juin - 17:22

Chapitre 5 : J’ai été amoureuse du fauteuil !


Parfois, j’avoue que les humains m’exaspèrent. Ils pensent toujours qu’il n’y a qu’eux qui existent, qu’il n’y a qu’eux qui ont des problèmes dans la vie, que tout le reste est sans vie, inanimé. Ils pensent même que nous les chaises, nous ne sommes que de vulgaires objets.

Je suppose que vous attendez que je vous donne un exemple. Vous avez du mal à croire que les humains soient tellement préoccupés uniquement par eux-mêmes. Il m’est déjà arrivé d’entendre le papa dire à son chien : « si tu savais la chance que tu as de n’être qu’un chien ! Jamais d’ennuis, jamais de travail, toujours des siestes, toujours des promenades… Tu as le positif, mais jamais le négatif ! » Si seulement il savait à quel point avoir un humains sur le dos peut être encore plus embarrassant que ses soucis du travail…

En plus, à des occasions, les humains manquent davantage de sentiments que nous les objets ! Ils regardent les choses, ils y sont indifférents, ils ne réagissent pas, que ce soit beau ou laid… Alors que les objets, par exemple les chaises comme mes copines et moi, nous avons des sentiments, nous savons aimer. J’ai bien précisé que cela se produisait à des occasions, mais quand cela arrive… Et, dans mon cas, dans celui de Ludivine aussi, c’est arrivé.

C’était un jour de décembre, peu de temps avant le jour de Noël. Les enfants étaient de plus en plus excités à l’idée de recevoir des cadeaux de la part des parents pour Thomas, de la part du Père Noël pour Cyril. Lisa avait décoré toute le salon de guirlandes rouges dorées, François l’avait aidé à placer le sapin au milieu de la pièce, les enfants y avaient accroché des boules de toutes les couleurs. Dans la cuisine, quelques décorations également de-ci de-là : une nouvelle nappe était posée sur la table, tachée de boules de neige, un calendrier de l’Avent accroché au mur, une lumière beaucoup plus douce qu’à l’ordinaire… Seulement, ce n’était pas encore Noël et le couple n’était pas encore en vacances, tout comme leurs enfants.

Un soir, Le papa rentra mais il ne fut pas seul : son « collègue » marchait à côté de lui. Naturellement, il a attiré notre attention car nous ne voyions pas souvent de nouvelles personnes débarquer à la maison. Il s’assit sur moi pour prendre un café.

- Fichu dossier ! J’espère que ce soir nous aurons fini. Au moins avant Noël ! S’exclama-t-il.
- Tu parles ! Je suis sur qu’on n’a pas fini d’en parler !
- Bon, on s’y met tout de suite après de toute façon.
- Oui, oui ! On ira s’installer dans mon bureau, tu prendras ta chaise parce que je n’ai qu’un fauteuil dans la pièce.

Ainsi, j’allais découvrir une autre pièce, j’allais sortir de la cuisine ? J’allais enfin découvrir ce fameux bureau dont François parlait tant, ce lieu dans lequel il était capable de s’enfermer quelques heures.

- Pourquoi il est là, lui alors ? Demanda Dynamite qui n’avait apparemment pas tout compris.
- Pour finir un « fichu dossier ». Ne me demande pas ce que c’est, je n’en sais rien pour une fois. Lui répondit Marguerite. Tu nous expliqueras tout ça, n’est-ce pas Ludivine ?
- Ne vous en faites pas, quand je reviendrai, l’expression « fichu dossier » n’aura plus aucun secret pour vous !

J’eus à peine le temps de finir ma phrase que le « collègue » me prit par le haut du dossier pour m’emmener dans le bureau. Au passage, il me cogna contre une porte, je grinçai de toutes mes forces, ce qui signifie en langage humains je lui ai sorti bon nombre de noms d’oiseau. Nous avons traversé le couloir, que je connaissais très peu, puis il y a eu des escaliers, puis à un moment donné, nous sommes entrés dans le bureau… C’était magnifique ! Je n’avais jamais vu une beauté pareille ! Spacieux, imposant mais pas encombrant, sombre mais pas étouffant… Petite précision, je ne parle plus du bureau, mais plus précisément du fauteuil… Il avait des accoudoirs musclés, quatre pates courtes avec protection en-dessous de celles-ci pour ne pas déraper sur le plancher et accessoirement pour ne pas l’abimer, il avait un dossier aussi large que son fessier… Bref, il était petit et gros, le rêve de toutes les chaises. Le « collègue » m’installa à côté du fauteuil. Si j’avais pu rougir à ce moment-là, croyez-moi, ce serait arrivé ! Bien entendu, je ne pouvais pas m’empêcher de paraitre gênée, de paraître intimidée par une telle beauté. Il m’adressa alors la parole :

- Bonjour ma Cocotte !
- Hein ? Euh oui bonjour ! Bonjour Le Fauteuil !
- Ho s’il te plait, appelle-moi plutôt Romuald. Ou Romu… C’est plus intime qu’en penses-tu ?
- Hein ? Euh oui tout-à-fait, c’est plus intime. Moi, euh moi je m’appelle Rosalie, mais si vous préférez m’appeler Cocotte, ça ne me dérange pas. Pas du tout même. C’est d’ailleurs très joli.

Je ne pensais pas un mot de ce que je venais de dire. Il était aisé de deviner que ce fauteuil était celui du papa : il utilisait les mêmes expressions que lui. François appelait également sa femme « sa Cocotte » et il nous arrivait à nous les chaises d’éclater de rire en l’entendant l’appeler de cette sorte. - Vous savez quand on rigolait… Avoua l’une des chaises du jardin. C’est parce qu’on vous trouvait un peu pâle… Voilà qu’à présent, c’était à mon tour d’être humiliée, mais à quel prix ! Ce fauteuil, ou Romuald était si sexy, Contrairement au papa !

Le fauteuil continua alors la conversation en assurant qu’effectivement, il préférait Cocotte à Rosalie : « Rosalie, ça te vieillit ! ». Si je n’avais pas été aussi envoûtée par son charme, je lui aurais répondu que le surnom Cocotte me rendait cruche, mais je trouvais la sensation d’être cruche si agréable que je n’ai rien dit. Il me demanda d’où je venais, qu’est-ce que je faisais, si mes activités me plaisaient… Nous avons beaucoup parlé, souvent je rigolais bêtement, je coupais mes réponses de « Hein », je répondais en bégayant, tout ceci en étant le plus profondément heureuse. Mais il arriva l’heure où le « collègue » dut rentrer chez lui.

- Ben je crois que nous devrons finir ce dossier après les vacances de Noël… Tant pis.
- Ca ne m’étonne même pas, j’aurais parié mon treizième mois que nous n’aurions jamais terminé aujourd’hui ! Laisse la chaise, je m’en occuperai après.



Dernière édition par renaud le Sam 14 Juin - 17:28, édité 1 fois
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MessageSujet: les chaises suite   Sam 14 Juin - 17:23

chapitre 5 suite

François le raccompagna jusqu’à la porte, puis il vint me chercher sans même me laisser savourer ce moment de solitude avec Romuald. Quand le papa me saisit, Romuald m’avoua qu’il voulait vite me revoir : « A un de ces quatre ma Cocotte ! ». Je n’ai pas eu la force de lui répondre, il m’avait ensorcelée avec ses mots. François me cogna à une porte lui aussi, je sentis à peine la douleur. Si j’avais eu un cœur, c’est certain, il aurait battu à la cavale.

De retour autour de la table, on me posa alors plein de questions :
- Alors le bureau, c’est comment ?
- Et un « fichu dossier », c’est quoi ?
- Un « collègue », c’est comme François : un humain qui râle et qui n’a que des problèmes ?
- Rosalie ! Tu nous écoutes ? Rosalie ! Houhou !
- Ha pardon… désolée. Ben un fichu dossier, c’est super… Vous ne pouvez pas vous imaginer comment un fichu dossier, ça peut changer la vie d’une chaise. En plus, ils n’ont pas fini de boucler le fichu dossier. La vie est parfois formidable !

Un instant de silence pendant lequel Marguerite Ludivine et Dynamite m’observèrent, inquiètes, sans prononcer un seul mot, puis elles chuchotèrent : « Je t’avais bien dit que le collègue était vraiment trop gros ! On ne peut pas tout supporter non plus ! », « C’est peut-être un choc trop virulent contre un mur ? Ou alors elle s’est faite renversée ! il va y avoir des séquelles je le sens ! », « Elle doit être submergée par les émotions… Elle a vu une nouvelle pièce, elle a voyagé, elle a vu du pays… ». Je reprenais tout doucement mes esprits, alors j’ai mis fin à tous ces doutes :

- Le fauteuil… Il est magnifique, il s’appelle Romuald. Il est épais, il est large, il petit, il est magnifique !
- Hum… Serais-tu donc amoureuse ma chère Rosalie ? demanda Marguerite
- Sans doute, comment on sait qu’on est amoureuse ?
- Et bien, on ne sait pas trop où on met les pieds…
- C’est vrai, je ne savais pas où se trouvait le bureau de François.
- Plus aucune douleur, plus aucune humiliation ne peut nous atteindre
- Pour le moment ça colle parfaitement à ma situation.
- On se sent particulièrement bien alors qu’il n’y a rien de spécial qui permettrait plus qu’un autre jour d’être heureuse…
- Tout à fait, Je suis une chaise comblée.
- On rigole bêtement pour n’importe quoi, on raconte des bêtises pour paraître intéressante..
- C’est bon ! Je suis amoureuse ! M’exclamai-je. Je voudrais le revoir… Le « fichu dossier » n’est pas terminé…
- Rosalie, ça n’a rien à voir mais c’est quoi alors cette chose, ce « fichu dossier » ?
- A vrai dire, je n’en sais rien. De ce que j’ai vu, c’est beaucoup de « paperasse pour rien », c’est du « inventions idiotes du directeur »… Je n’en sais vraiment pas plus.
- Ils sont dingues ces humains ! Constata Ludivine.

Les vacances de Noël arrivèrent et depuis la rencontre avec Romuald, chaque jour vers dix-sept heures, je guettais la porte d’entrée mais François rentrait toujours seul. Pendant la journée, je ne disais plus rien, je restais sage, je ne grinçais plus. Je préférais penser à lui, à son revêtement cuir, à son allure… Il avait tout pour plaire, aux hommes et aux chaises. Avec le temps, je réussissais à penser à autre chose que lui, à me changer les idées, d’autant plus que Noël approchait, ce fameux jour où la famille se réunirait une fois de plus autour de la table, puis ensuite autour du sapin. Mais je savais pertinemment qu’aucun cadeau ne nous attendrait, que les humains n’avaient pas jugé utile de penser à nous et de nous remercier pour le travail et le service que nous fournissons pour eux au quotidien ! C’est sur, j’en demande un peu trop. Avec les hommes, c’et toujours trop ou pas assez : trop de boulot et pas assez de vacances, trop de pluie et pas assez de soleil, trop d’idiots et pas assez de gens biens comme eux, trop de « pollution » et pas assez de « responsabilité ». Je serais curieux de savoir ce qu’est la « pollution ». Je suis sure que c’est encore une de leur invention pour qu’ils puissent penser qu’ils sont réellement malheureux et que le monde s’abat sur eux sans raison et qu’évidemment, rien n’est de leur faute.

Ce fut enfin le 25 décembre. Jamais je n’avais vu autant de joie et de sourire. En un jour, ils semblaient plus tranquilles, plus détendus et plus joyeux que pendant tout le reste de l’année. On plaisantait, on jouait à des jeux de sociétés, François avait préparé une excellent repas pour la famille, pendant que Lisa racontait des légendes concernant le Père Noël. Thomas s’amusait de son côté à croire que tout cela était vrai. Il parvenait à comprendre, à découvrir toute la magie qui se cachait derrière ses récits qui semblent faux et qui concernent ce qui n’existe pas, mais qui fait pourtant rêver les enfants, les hommes et les femmes de tous les âges.

Arriva alors minuit. Fatigué, Cyril s’était endormi en attendant le Père Noël. Les parents finissaient juste de placer les cadeaux sous le sapin et ce fut Thomas qui réveilla son petit frère. « Les cadeaux ! Ils sont là ! ». Le chien se contenta d’aboyer de toutes ses forces pour montrer que lui aussi se réjouissait, même s’il ne savait pas s’il aurait un cadeau. « Joyeux Noël les chaises ! » m’exclamai-je, en ayant enfin retrouvé mon état normal. Toutes me répondirent avec beaucoup de gaieté dans la voix. Bruce vint se frotter à nous pour nous prouver que lui au moins, il nous aimait. Ce fut touchant, ce fut notre seul cadeau de Noël.

Nouvel an arriva également, mais nous le passâmes seules : la famille avait rejoint de la famille qui n’habitait pas sur place. Bruce en profita pour se coucher sur la table, pour montrer à quel point il était beau, il attendait certainement qu’on le lui dise. C’est ce que nous avons fait :

- Mais oui tu es tout beau mon Petit Bruce.
- Il est mignon le chien ! Il est tout gentil le chien. Il veut des câlins le chien… Pour ça, ça va être un peu plus compliqué…

Puis ce fut le retour du travail, des ennuis, des petits déjeuners de bonne heure, des mines d’homme complètement défaites au matin… et du fichu dossier. Un jour, alors que je ne m’y attendais plus, le papa était revenu de son lieu de travail avec le même collègue. Cruelle désillusion, car celui-ci choisit d’emporter Ludivine avec lui.

Je leur en voulais terriblement, à lui et à elle. J’étais consciente qu’ils n’y pouvaient rien, qu’ils ne savaient pas, mais c’était plus fort que moi, j’avais comme une dent contre eux deux.
- Tu es jalouse il me semble… me dit alors Rosalie.
- Peut-être… c’est quoi être jalouse ?
- On se sent seule…
- C’est vrai, j’ai cette impression, même si ce n’est pas tellement vrai, je suis avec vous…
- On a de la colère, mais on ne sait pas trop pourquoi.
- Ce serait dur de le nier.
- On se sent malheureuse et on voudrait que ça casse tout de suite, sur le champ !
- C’est bon ! Je suis jalouse ! Comment je dois faire ?
- Il n’y a pas tellement de solutions… Je suis désolée ma Rosalie.

Marguerite se trompait, il y eut une solution : Plus tard Ludivine nous rejoignit. Elle semblait être dans le même état que moi, lorsque j’avais été dans le bureau :

- Il est beau, il est large, il est épais, le rêve des toutes les chaises célibataires du monde entier !
- Ne me dis pas que nous sommes amoureuses du même fauteuil ?
- Non ! Je ne suis pas amoureuse de lui ! Il est beau mais il est stupide ! cria-t-elle avant de s’expliquer pour répondre à nos regards ahuris. Déjà, il m’a appelé Cocotte ! Je n’ai pas aimé ça du tout et pourtant j’ai rigolé bêtement sans rien dire. Il a dit que Ludivine ça me vieillissait ! Il m’a dit qu’il n’avait jamais vu de telle beauté. Quand je suis partie, il m’a dit qu’il voulait revoir très vite… Bref il a eu le même discours qu’avec toi… C’est juste un charmeur. Un beau charmeur, mais très futé. Il ne savait pas qu’on vivait dans la même cuisine apparemment.
- Ce n’est qu’un idiot ! Ajoutai-je. Je ne veux plus le voir. Il n’en vaut pas la peine. Nous sommes mieux ensemble, toutes les quatre, entre copines. C’est vous que j’aime les chaises. Déclarai-je.

Marguerite, Dynamite et Ludivine furent émues. Nous étions quatre bonnes amies, cela vaut bien mieux qu’un brave fauteuil, aussi beau soit-il.

Si les humains savaient que nous les chaises, nous pouvions aimer comme eux sinon plus, ils ne seraient certainement pas contents !
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MessageSujet: renaud   Lun 16 Juin - 0:14

¤P'tite Milou¤ a écrit:
Renaud, je te tends mon chapeau bien bas.
C'est une idée merveilleuse.
Mais est-ce-que tu auras assez d'idée pour nous tenir en "haleine" pendant une dizaine de chapitres?
J'ai hâte de le voir!

Tu vois Ptite Miloute, pour le moment j'arrive à la continuer mon histoire ....
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MessageSujet: Re: Les chaises   Lun 16 Juin - 0:26

renaud a écrit:
¤P'tite Milou¤ a écrit:
Renaud, je te tends mon chapeau bien bas.
C'est une idée merveilleuse.
Mais est-ce-que tu auras assez d'idée pour nous tenir en "haleine" pendant une dizaine de chapitres?
J'ai hâte de le voir!

Tu vois Ptite Miloute, pour le moment j'arrive à la continuer mon histoire ....

===>rooo elle a dit 10 chapitres et t'en a écris 5 ^^

Mais perso je ne me fais pas de soucis Smile, le chapitre 5 était tout aussi cool que les autres.
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MessageSujet: les chaises ssuite   Dim 22 Juin - 20:39

Chapitre 6 : J’ai horreur du ménage !

Il y a une chose dont je souhaiterais absolument vous parler : le ménage. C’est simple, que ce soit François ou Lisa, ils sont possédés par l’envie que tout soit propre en permanence. Aujourd’hui, c’est vrai que nous avons réussi à nous adapter, mais je peux bous garantir qu’au début, nous avons connue beaucoup de difficultés pour nous habituer. Ce fut encore pire lorsque Bruce est arrivé à la maison car ses pertes de poil étaient susceptibles de déclencher à n’importe quel instant une crise de nettoyage chez le père la mère ou encore les enfants.

La première que nous avons connue le ménage, ce fut une semaine après notre arrivée et nous ne savions pas tellement à quoi nous devions nous attendre. Nous ne connaissions même pas le mot :

- Faire le « ménage » ? Je me demande bien ce que cela peut être
- Je crois savoir mais j’avoue que je n’en suis pas certaine. M’avait répondu Marguerite ce jour-là. Si c’est bien ce que je pense, ça risque de ne pas être trop agréable. Ce n’est pas la même sensation que celle que nous avons quand les humains se posent sur nous…
- Et ça serait quoi d’après toi ? demanda dynamite intéressée.
- Tu te souviens du magasin, là où nous étions avant d’arriver dans cette cuisine ?
- Ben je n’y suis pas restée très longtemps à vrai dire, je venais tout juste de sortir de l’usine. Répliqua Dynamite.
- Moi aussi, ai-je répondu, en cœur avec Ludivine. C’est d’ailleurs la meilleure raison que j’ai trouvé pour expliquer que Marguerite savait beaucoup de choses.
- Ca va être dur d’expliquer… Déjà, ce que je peux vous dire, c’est que les humains ont parfois des drôles d’idées.

De toute façon, elle n’eut plus le temps de nous définir le terme car François et Lisa, armés respectivement d’un aspirateur et d’un balai, étaient prêts pour nettoyer la cuisine. Ce jour-là, nous avons été traumatisées par cette activité qui est devenue au cours du temps banale. François nous avait saisi les unes après les autres, il nous avait retournée de telle sorte que nous avions toutes les quatre la tête à l’envers, puis il nous passait un coup de chiffon sur toute notre surface. Evidemment, notre surprise fut immense :

- Mais qu’est-ce qui lui prend ? S’étonna Marguerite qui malgré ses connaissances, ne pouvait pas tout comprendre non plus
- Oulala ! Je n’aime pas ça moi, d’avoir la tête à l’envers, se plaignit Ludivine.
- Au moins, au magasin, on nous fichait la paix, on nous retournait pas dans tous les sens.
- Je ne suis pas d’accord avec toi Dynamite ! Les gens n’arrêtaient de passer à côté de nous, de nous soulever, nous tâter un peu partout, nous donner des coups pour voir « si nous étions solides »… François et Lisa ont même fait la même chose !

Ensuite, Lisa avait branché ce qu’elle appelait un « aspirateur ». A nouveau, nous avons été surpris de voir ce qu’était cet engin qui avait été conçu par l’homme, ce qui n’était pas de bon augure bien entendu. Lorsque l’appareil fut mis en marche, il dégagea un tel bruit que nos réactions ne se firent pas attendre, ni entendre :

- Mais c’est infernal le bruit que ça fait ! Ce n’est pas possible de donner vie à des engins de ce genre ! M’exclamai-je.
- Tu as dit quoi ? me demanda poliment Marguerite ;
- Hein ? Me lança Dynamite.
- je disais que cette machine émet un bruit de monstre !
- Ha d’accord. Me répondit Marguerite. En plus, avec la tête à l’envers, je suis sûre que c’est encore plus dérangeant !
- Quoi ?

Cet aspirateur ruinait nos conversations. Le calvaire dura un bon quart d’heure. Quand le charivari cessa, ce fut tellement calme d’un coup que j’en fus presque déboussolé. Pourtant, ce n’est toujours pas fini… François remplit un seau avec de l’eau, puis il y ajouta du produit.

- Ca sentira bon le pamplemousse dans la cuisine avec ce nettoyant !
- C’est vrai que ça changera de l’odeur habituelle de cuisine ! Il faut croire qu’on ne l’aère pas assez…

Le mari si mit alors à brosser le sol avec ce mélange qui était supposé sentir très bon. Malheureusement, nous qui devions vivre dans cette pièce, nous n’étions pas tellement du même avis que lui :

- C’est quoi cette odeur ? Il a le nez bouché ou quoi ? Pourquoi il asperge la cuisine de ce parfum ?
- Il parait que c’est aussi pour désinfecter. Les hommes aiment beaucoup que ce soit propre et purifié chez eux ?
- Purifié ? Répétai-je. Mais à force de purifier, nous allons y passer nous aussi ! Il faudrait qu’ils ouvrent la fenêtre, c’est intenable cette odeur !

C’est ce que fit Lisa, mais avec un peu de retard, si bien que l’odeur avait eu le temps de nous coller à la peau. Quand l’entièreté du sol avait été mouillée par ce fameux produit, le couple s’en allait, satisfait de lui et de son travail, nous laissant seules la tête à l’envers avec le produit à terre qui sentait mauvais. Tout devenait alors plus calme et pendant ce tout premier jour où nous avons alors su ce qu’était le ménage, c’est à ce moment que nous avons pu reprendre nos esprits et notre souffle :

- On ne peut tout avoir dans la vie. On ne peut pas avoir des derrières d’humains accompagnés de sensations tout à fait plaisantes sans rien qui ne soit imparfait à côté. Il faudra simplement vivre avec les mauvais côtés de la vie en famille et les supporter en savourant un maximum les bonnes choses.

Sous état de choc lors de ce premier ménage, personne ne fut en mesure de lui répondre. Une demi-heure plus tard, François était revenu, il avait rangé tout son équipement de professionnel, puis il nous a déposé de nouveau à terre et à l’endroit !

- Ouf ! Enfin, ça devenait franchement pénible ! Soupirai-je
- J’espère qu’ils ne nous feront pas souvent le coup parce que ça risque de donner l’envie d’apprendre à marcher ! Grogna Dynamite.

Malheureusement, cette envie de vouloir nettoyer la cuisine avait lieu toutes les semaines et Dynamite n’arrivait absolument pas à exécuter ses premiers pas. Si seulement les humains savaient à quel point les chaises ne sont pas compliquées !

Exactement, nous ne sommes pas difficiles ! Cela ne nous dérangerait pas de vivre dans une pièce un peu sale et qui plus est, la poussière qui reste principalement accrochée aux extrémités de nos pattes nous permet d’avoir un peu moins froid lorsqu’il y a des courants d’air dans la pièce. Mais comment réussir à faire comprendre cela au couple et à leurs enfants ? Impossible, c’est logiquement impossible, ils ne comprennent rien à ce que nous disons.

Je viens de parler des enfants. Eux aussi, avec le temps et surtout vers les huit ans de Thomas, se sont mis à aimer le ménage. Je me demande sérieusement si tous les êtres humains sont comme eux ou si c’est un cas que l’on ne rencontre nulle part ailleurs qu’ici. Le problème avec Thomas et Cyril, c’est qu’ils ne sont pas aussi expérimentés en la matière que leurs parents. En fait, ils sont plus brusques qu’eux, ils ont dû hériter de la douceur légendaire du papa : Alors que François ou Lisa prennent soin de nous retourner sur la table, les enfants, sous prétexte que nous sommes trop lourdes pour eux, préfèrent nous laisser à terre. Vous devez sûrement penser « Pourquoi elle se plaint ? Elle vient de dire que ses amies et elles n’aimaient pas avoir la tête plus proche du sol que les pattes ». C’est exact, je ne le nie pas. Seulement, Thomas et Cyril ont du mal à atteindre la partie sous la table et quand ils y parviennent, ils nous donnent inévitablement des dizaines de coups de balai. Je vous garantis que c’est douloureux !

Evidemment, nous ne manquons pas de le faire savoir, en grinçant :

- Aïe ! Vous ne pourriez pas être un peu plus délicats les gosses ! Grondai-je.
- Vraiment aucun respect pour celles qui vous soutiennent depuis si longtemps déjà… C’est vraiment navrant ce trop peu de reconnaissance. Se lamenta Ludivine.

Le comble était que les parents, en voyant leurs enfants agir de cette manière, c’est-à-dire en constatant qu’ils étaient fort maladroits avec un balai à la main mais qu’ils l’utilisaient quand-même, les félicitaient et les remerciaient en leur disant qu’ils pouvaient le faire un peu plus souvent s’ils le désiraient et pour cette raison que Bruce ne nous a pas plus séduit dès sa venue dans la famille. Il pouvait provoquer une « crise de balayage » à tout moment.

- Ce serait bien aussi, si vous commenciez à ranger vos chambres… Avait dit un jour la maman.
- Même si tu ne m’entends pas, je suis parfaitement d’accord avec toi Lisa. Marmonnai-je. Au moins, comme ça, on nous fiche un peu la paix !

Hé oui ! Les chaises en ont parfois marre et deviennent méchantes dans leurs remarques. Toutefois, jamais je n’oublie que je suis très contente de vivre parmi les humains. Sans eux, je ne serais rien et mes copines non plus. Ce sont eux qui nous donnent de quoi réfléchir, discuter, rire et surtout, ce sont eux qui s’assoient ! Toutefois, je ne comprends pas pourquoi vous tenez tant à ce que tout soit propre.

- Une chaise se salit rapidement et pourtant, elle ne vit pas mal pour autant. Dis-je
- Je n’en suis pas sure Rosalie. Certes tu vis, mais quand tu n’as pas une belle apparence, je doute que quelqu’un veuille ensuite se reposer sur toi…
- Tu crois que les humains sont si exigeants ? Demanda Ludivine.
- Comme si c’était surprenant ! Se moqua Dynamite.


Si les humains savaient à quel point les chaises les trouvent si pointilleux, si soucieux de petits détails qui ne sont finalement pas importants, ils seraient alors des personnes outrées !
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MessageSujet: Re: Les chaises   Lun 23 Juin - 15:51

Un peu moins aimé ce chapitre perso. Le fait qu'il n'y est pas de Bruce doit y être pour quelque chose (j'adore ce chien ^^)

Une phrase qui m'a bien plu également car elle est supposé concerné les chaises mais concerne malgré les apparences essentiellement les hommes entre eux aussi:

Citation :

Certes tu vis, mais quand tu n’as pas une belle apparence, je doute que quelqu’un veuille ensuite se reposer sur toi…
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MessageSujet: renaud   Lun 23 Juin - 15:57

dans le prochaine chapitre, Bruce sera présent et il ne sera pas seul...
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MessageSujet: Re: Les chaises   Lun 23 Juin - 16:05

A quand la scène érotique entre Bruce et l'une des chaise? Embarassed Embarassed Embarassed
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MessageSujet: renaud   Lun 23 Juin - 16:23

je ne suis pas sur que ce genre de scène apparaitra dans la suite, désolé de te decevoir... lol
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MessageSujet: les chaises suite   Jeu 3 Juil - 20:11

Chapitre 7 : Plume, le nouvel ami de Bruce.


L’arrivée de Bruce fut une sacrée surprise, mais nous avions réussi à nous y habituer. Bruce était certes un peu bête, il ne comprenait toujours pas tout même lorsque nous lui demandions les choses gentiment, mais c’était un brave animal, très simple et très affectueux. Nous les chaises l’aimions beaucoup. La famille aussi d’ailleurs, mais elle ne savait pas tout le temps non plus comment il fallait réellement s’y prendre avec le pauvre Bruce. Quoi qu’il en soit, tout le monde l’appréciait pour ce qu’il était. Mais il faut dire ce qui est : pendant toute l’après-midi, il ne sait pas quoi faire parce que les humains partent travailler et que les chaises ne savent pas bouger. Il s’ennuie et ce ne sont pas les quelques promenades qui peuvent remédier à son problème. Nous étions sensibles à la vie triste et monotone que vivait Bruce durant ses milieux de journées :
- Ho Bruce, ne fais pas la tête, ils ne vont pas tarder à arriver.
- Bon c’est vrai, ils seront un peu de mauvaise humeur et il ne faudra certainement pas leur sauter dessus en aboyant de toutes tes forces.
- Mais après, il n’y a pas de raison qu’ile ne soient pas sympathiques avec toi. Le papa t’emmènera te promener, Cyril voudra sûrement te faire jouer avec ta baballe, Thomas jouera à la bagarre avec toi… Il faut juste que tu arrives à patienter encore un peu !
De temps à autre, le chien levait la tête vers, puis la rabaissait sans rien dire. Il se couchait et il essayait de rencontrer le sommeil. Mais généralement, il ne dormait pas, la solitude le maintenait éveillé.
- Il faudrait trouver une solution. Dis-je un jour.
- Oui, c’est de plus en plus urgent ! Il ne va pas nous faire le coup-là chaque après-midi jusqu’à la fin de sa vie (ou de la nôtre), sinon il va me faire déprimer. Je ne supporte pas de le voir, là, couché par terre, à ne rien faire, sauf bouder ! S’exprima Dynamite.

Evidemment, nous ne pouvions rien faire. Après tout, nous n’étions que des chaises bavardes et très critiques envers les humains, rien de plus… Le sort de Bruce était entre les mains de la famille, et je dois avouer qu’ils ont géré parfaitement cette situation, un peu à l’insu de leur plein gré. Laissez-moi vous expliquer tout cela.

Ce fut un samedi. Généralement, ces genres d’évènements exceptionnels ont lieu ce jour-là, sans doute par hasard, je n’en sais rien… Le père et la mère avaient prévenu les enfants qu’ils allaient s’absenter pendant toute l’après-midi et dès qu’ils reviendraient, une surprise les attendrait. Ces mots étaient suffisants pour susciter de l’excitation et de la joie chez Thomas et Cyril. Ils n’arrêtaient de courir dans tous les sens, de bondir de joie, de crier de chanter à tue-tête… Ce n’était pas notre cas, car nous avions appris à nous méfier des surprises humaines :
- Que va-t-il encore nous arriver ? Ils ont décidé d’acheter une nouvelle radio pour essayer une nouvelle forme de chaise musicale ? Ils vont acheter un nouvel aspirateur pour enlever toute notre poussière jusqu’au dernier gramme ? Me lamentai-je.
- De toute façon, les hommes ne sont pas fiables. Agréables par intermittence, plutôt gentils, ils sont source de bonheur mais absolument pas fiables ! Compléta Dynamite.
- Je n’ose même pas essayer de deviner ce que va être cette maudite surprise… Conclut alors Ludivine.
Pendant ce temps-là, Marguerite était restée absolument silencieuse. Elle semblait réfléchir, comme si elle avait une idée dans la tête mais qu’elle préférait garder celle-ci secrète pour une raison quelconque. Nous connaissions cet air par cœur, nous savions
parfaitement qu’elle se doutait de quelque chose :
- Marguerite… Dis-je alors d’une voix calme.
- Euh oui ? Oui ? qui a-t-il ?
- Qu’est ce que tu sais ? Avoue…
- Crache le morceau. Lança Dynamite !

Marguerite nous regardait bizarrement, elle était gênée et elle ne craqua pas facilement. Il a fallu négocier pendant toute l’après-midi pour que finalement, elle accepte de peut-être nous dévoiler son avis qui serait forcément bon.
- J’ai entendu les parents parler l’autre jour… Ils avaient l’intention de...
- D’avoir un nouvel enfant ? C’est sûr ? Mais ça va faire une nouvelle chaise ! Si ça se trouve on ne l’aimera
pas. Ho c’est affreux !
- Dynamite ! Tu es complètement à côté de la plaque ! Tu ne me laisse même pas finir ma phrase ! C’est terrible ça ! Bon, je disais que l’autre j’avais entendu François et sa « Cocotte »…

Nous n’avons pu nous empêcher de rire en entendant ce surnom que nous jugions toujours aussi ridicule. Même moi je
rigolais alors que Romuald m’avait nommé de cette manière et je n’avais même pas su refuser ce surnom. Les chaises ont-elles aussi des attitudes qui peuvent être contradictoires…
- Bon je disais donc, reprit Marguerite, que j’ai entendu Lisa et François la dernière fois et ils parlaient justement d’une surprise qu’ils voulaient faire aux enfants, mais aussi à eux-mêmes… Et cette surprise serait…
- Les enfants ! Nous sommes rentrés ! Nous ne sommes pas seuls en plus !
- Youpi ! Tu vois Cyril, je te l’avais dit ! J’en étais certain même !

Il y eut tout d’un coup un tel brouhaha que nous n’avions même pas pu entendre la fin de la réplique de Marguerite, notre savante, notre sage. Par contre, je pouvais voir ce qui était en train de se dérouler devant nous. Je pouvais voir la surprise, tout comme Bruce d’ailleurs qui n’arrivait pas à cacher son enthousiasme.

Il est vrai que la surprise lui ressemblait quelque peu : un museau, des poils, quatre pates, un langage différent de celui des hommes etc. Cependant, ils n’étaient pas tout à fait pareils pour autant. En effet, Bruce était un chien et ce n’était pas le cas de la surprise :
- Ho Cyril ! J’avais raison pour de bon ! C’est un « chat ». Je te l’avais dit, j’avais entendu parler papa et maman.
- Tout comme moi, répliqua Marguerite.
Un « chat » ? Encore un nouveau venu dans cette famille qui commence à s’élargir sérieusement : Les parents, les enfants, le chien et le chat, puis toutes les chaises de la maison, y compris celle que nous ne connaissions pas et qui devaient sûrement exister aussi, mais aussi celles du jardin !
- Allez, on va le laisser découvrir la maison ! On va le laisser se promener tout seul dans toutes les pièces.

Tout le monde s’écarta du chat qui fit alors ses premiers pas rapidement vers la cuisine. Visiblement, comme les humains, il savait où il fallait se rendre lorsque l’on avait faim. Pendant que le chat reniflait un peu partout pour définir des repères, j’entendais au loin les humains qui choisissaient un prénom pour ce nouvel animal qui me paraissait extrêmement curieux.
- On peut l’appeler Félix ? tu sais, comme dans la fameuse pub…
- François, ce n’est pas un chat, mais une chatte. Nous devons trouver un prénom féminin…
- Plume ! s’écria Thomas.

Il avait étonné tout le monde en s’exclament ainsi. Il y eut un silence puis la maman, après mure réflexion, décidé que ce prénom était parfait. François approuva également et la surprise se nommait désormais Plume. Il était encore dans la cuisine et il nous intriguait fortement. Plume nous donnait l’impression d’être beaucoup plus réfléchie que Bruce. Elle était aussi plus calme et plus réservée que lui :
- Tu crois qu’elle aussi peut nous comprendre ? Demanda Ludivine.
- Voilà une excellente question… Il y a juste à essayer pour savoir. Répondis-je. Plume ? Tu nous entends ? Tu peux venir vers nous s’il te plait ? Tu peux même t’installer sur moi si tu le souhaites.

Plume me regarda, il demeura immobile deux petites secondes, puis il détourna son visage et se rendit dans la pièce voisine, le salon. Pendant les jours qui suivirent, Bruce ne quittait plus sa nouvelle amie, ils étaient devenus inséparables. Pendant ces longues journées, Bruce ne se retrouvait plus seul face à solitude mais ils étaient à deux à se chamailler dans toute la maison. Cela provoquait beaucoup de chahut mais au moins, Bruce s’amusait et il râlait beaucoup moins lorsqu’il s’agissait de le mettre dehors, sur la terrasse, avec le chat.

De notre côté, nous désespérions de ne jamais réussir à se faire comprendre par la chatte. Il suffisait qu’on lui demande quelque chose poliment (cela va de soit), pour qu’il fasse exactement l’inverse. Toutefois, les parents et les enfants éprouvaient les mêmes difficultés quand ils tentaient d’instaurer le dialogue entre eux et Plume. Comme si cet animal avait fait ce choix délibéré de nous ignorer, de nous mépriser. Comme s’il désirait à tout prix conserver son indépendance vis-à-vis de tous.

Il lui arrivait même d’être vilaine avec le chien : alors qu’elle parvenait de plus en plus aisément avec le temps à se cacher certains jours pour éviter de se retrouver dehors toute la journée, Bruce était quant à lui contraint de passer la journée sur la
terrasse. Quand tout le monde était parti pour se rendre à leurs différents lieux de travail, Plume descendait sur la cuisine, elle s’installait sur nous et elle regardait par la fenêtre le pauvre chien qui n’avait pas pu échapper aux parents, ni aux enfants, en aillant et en s’étirant pour s’en aller sur le canapé du salon. Dans ces moments-là, nous les chaises étions d’accord pour critiquer dans le même sens la jeune chatte :
- Mais c’est une sale bête ! Constatai-je.
- Regarde-le ce pauvre Bruce. Tu vois, ce n’est pas une bonne chose d’être peu futé !
Mais l’injustice ne s’arrêtait pas là : quand le père ou la mère rentrait vers dix-sept heures, Plume se réfugiait dans leurs jambes pour se frotter à eux et ils s’exclamaient joyeusement : « qu’elle est mignonne cette belle Plume ! Elle est toute gentille noter petite Plume ! ». Quand ils ouvraient la porte-fenêtre à Bruce, il était tellement heureux de pouvoir enfin rentrer qu’il sautait presque dans les bras de Lisa ou de François qui rouspétaient spontanément : « Bruce, fais attention ! Tu es tout sale ! ». J’avais envie de leur dire que s’il n’allait pas dehors, il n’y aurait pas de problèmes de ce genre ! A quoi bon ? Pour eux, je ne fais que grincer…
De plus, Bruce n’aiguisait jamais ses griffes sur le tapis, il ne griffait jamais, il ne voulait jamais échanger de l’amour contre de la nourriture etc. Si les humains savaient à quel point ils sont parfois injustes, ils ne seraient franchement pas fiers d’eux!

Heureusement, Bruce n’était pas rancunier et quand il rejoignait le chat, les deux animaux s’entendaient de nouveau comme cul et chemise, ou plus poliment comme brosse à dent et dentifrice…

Le temps passait assez vite et la chatte devenait de plus en plus proche de nous mais en gardant toujours une certaine distance vis-à-vis de la famille toute entière. Un dialogue pouvait se mettre en place. Quand nous demandions un service à la chatte, une fois sur deux, elle acceptait. Avec les humains c’était pareil.

- Plume, viens sur mes genoux ! Disait souvent le papa, en ayant le ton de sa voix rempli d’amour.
-…
- Ben voilà ! Elle préfère partir ! Comme si je n’étais pas assez bien pour elle ! Rouspétait-il ensuite.

Ne serait-ce qu’un quart d’heure plus tard, quand le papa allait se décider à quitter le canapé et éteindre la télévision pour s’atteler à d’autres activités, voilà que Plume décidait finalement à se coucher sur François. « Ce n’est pas le chat qui s’adapte
aux habitudes des hommes, c’est les hommes qui s’adaptent aux habitudes du chat ». Cette chatte était une énigme pour tout le monde, mais elle plaisait quand-même, malgré son caractère vraiment spécial. Quand elle venait s’installer sur l’une d’entre nous, c’était toujours fort agréable, surtout qu’elle s’installait souvent quelques heures, contrairement aux humains
qui ne restaient jamais trop longtemps.
- C’est une sale bête, mais elle n’est pas si méchante ! Elle veut simplement prouver qu’elle est un animal digne et malin.
- Elle est méfiante, mais elle a quand-même un peu d’affection envers nous. Elle réfléchit beaucoup, c’est tout.
- Elle ne nous écoute pas souvent, mais elle est quand-même influencée parce que nous lui disons…

Bien sûr, Bruce était plus bête que Plume, mais il était bien plus proche de nous… C’est pourquoi j’aime énormément les êtres vivants bêtes, j’aime énormément les hommes...
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MessageSujet: Re: Les chaises   Jeu 3 Juil - 23:21

C'est de la merde les chats Embarassed Embarassed Embarassed

Spoiler: dans le chapitre 8, Bruce va bouffer Plume Twisted Evil
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renaud
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MessageSujet: renaud   Jeu 3 Juil - 23:39

Beuh non... Bruce est beaucoup trop gentil pour faire ça... lol
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MessageSujet: Re: Les chaises   Jeu 3 Juil - 23:58

Spoiler 2: les gosses vont bouffer plume Twisted Evil
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renaud
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MessageSujet: Re: Les chaises   Lun 8 Sep - 0:53

Chapitre 8 : Je n’ai pas supporté l’aménagement de la cuisine !





François et Lisa ont parfois eu des idées bizarres, mais cette fois-ci, ils avaient poussé encore plus loin toutes les limites. Personne pourtant ne semblait perturbé chez les humains. Même Bruce, qui ne comprenait pas plus les hommes que nous, restait calme… En revanche, Plume ne cessait d’observer, de regarder, de scruter les moindres recoins de la cuisine. Car c’est dans la cuisine et uniquement dans ce lieu que la folie du couple a pris toute son ampleur. Cette folie, Lisa et François la nommaient « idée géniale », mais comme d’habitude, il suffit que les humains aient un avis pour que les chaises aient une opinion complètement opposée. Peu importe comment s’appelle ce projet qu’ils ont eu, nous en avons été informées lors d’un repas qui s’est tenu un week-end, lorsque le père et la mère avaient invité des amis. Ils avaient dîné pendant longtemps et ils n’avaient pas cessé de bavarder, à un point tel que même une chaise peut sentir quelques douleurs à la tête !

- Et patati, et patata ! Et que je te dise encore ci, et que je te dise encore ça ! Mais ils n’en ont pas marre de parler ? Ils ne connaissent pas le silence ! Rouspétait Dynamite.
- Ca n’arrive jamais de telles soirées dans l’année… Il faut seulement qu’on fasse un effort ce soir…
- Ce soir ? Répondis-je à Marguerite. Mais le soir est déjà fini depuis très longtemps, c’est la nuit à présent ! C’est agréable d’avoir quelqu’un à porter, mais au bout d’un moment, ça fatigue !
- Même les enfants deviennent lourds, vous vous rendez compte !

Hé oui ! Les enfants avaient à présent dix et douze ans. Ils grandissaient, ils devenaient plus épais, ils pesaient tout de même quelques kilos de plus que lorsqu’ils n’étaient que de petits enfants…
Nous continuions à râler quand tout à coup, quelque chose nous attira l’oreille :
- Oui, nous allons refaire la cuisine.
Elle n’est pas très chouette et elle n’est pas non plus très pratique… Les enfants ont grandi et quatre personnes dans une cuisine comme celle-là qui est mal pensée, forcément, c’est dur de bouger ! Dit alors François.
- Vous allez refaire la peinture aussi ? Demanda curieusement l’un des invités.
- Bien entendu ! Répondit alors Lisa. Nous allons tout refaire !
- Ce sera super chouette ensuite !
Plus personne chez les chaises n’osaient dire un mot, nous ne grincions plus un seul mot. « Refaire la cuisine » ne me paraissait pas être une nouvelle si excitante, une idée si « chouette ». Personnellement, je voyais cela comme une nouveauté qui allait encore causer des soucis. Et à qui ? Toujours aux mêmes, c’est-à-dire nous, les chaises.
- Et vous compter faire ça quand, Demanda l’autre invité.
- En septembre. Intervient François. Quand les enfants seront de nouveau à l’école. Ce sera plus facile pour nous.
Finalement le repas prit bientôt fin, le dessert fut dévoré, les « au revoir » trainèrent pas mal de temps, mais le calme vint progressivement s’installer. Nous aussi, nous étions discrètes, comme si nous dormions, mais personne ne dormait, chacune de nous faisait semblant. Je fus la première à prendre la parole en première.
- C’est quand septembre ? C’est bientôt ?
- Dans une semaine. Chuchota Marguerite.
- C’est long une semaine ? poursuivit alors Ludivine.
- Long comme sept jours…
- J’ai l’impression que nous avons plutôt intérêt à profiter du calme qui règne en ce moment. Quelque chose me dit qu’il va y avoir de l’agitation… Concluais-je.

Nous étions inquiètes, nous ne savions pas tout à fait à quoi aller correspondre l’expression « refaire la cuisine », mais il ne fallait pas être devin pour comprendre… Les sept jours qui nous séparaient de « l’idée géniale » s’écoulèrent lentement, mais machinalement, ils s’écoulèrent. Nous étions le premier jour du moi de septembre.
Le réveil fut brutal, à six heures et demie du matin. La veille, nous avions entendu que le papa avait prix « deux semaines de congés" afin de mener à bien son projet si formidable. Il portait un vieux bleu de travail très sale et il avait apporté avec lui des grands cartons ainsi que des longues bâches. Quand les deux enfants arrivèrent, ils n’étaient pas plus surpris de voir leur père habillé de cette façon : soit ils appréhendaient tellement le jour de la rentrée que cela suffisait pour qu’ils oublient tout ce qui les entourent, soit ils étaient trop fatigués pour s’intéresser à ce qu’il pouvait se passer juste devant leurs yeux. « Bonjour papa. ».
Voilà la seule réaction qu’ils aient eue.
- Ca craint ! Je ne sais pas qu’est ce qui va nous arriver, mais j’en suis sure, ça craint ! Avais-je réagi en voyant le père arriver avec tout son bazar.
- J’espère que tu te trompes, répondit alors Marguerite qui, pour une fois, n’était pas très confiante.
Une fois que les enfants furent partis avec la maman, François commença à déplacer les meubles. Le grand père était
venu pour aider à transporter tout ce qui état bien trop lourd pour une seule personne. Ils prirent d’abord le meuble sur lequel était posée la radio et tout un tas d’objets de décoration. Il y avait également des tiroirs, mais :
- Tu veux le vider ?
- Non ce n’est pas la peine. On fera bien attention en le portant et pis voilà !
J’avais tout entendu, mais j’avais aussi tout vu. Le meuble a été bien cogné mais on comprenait facilement que les objets disposés dans les différents tiroirs zigzaguaient de bas en haut et de gauche à droite pendant le trajet. Ensuite, François et son père nous déplacèrent dans un coin de la cuisine, puis ils soulevèrent la table pour l’emmener je ne sais où. Je ne savais d’ailleurs pas non plus où se trouvait à présent le meuble de la cuisine…
- Et les chaises ? On les met où ?
- Pour le moment, on va les mettre dans le couloir… On verra ce que Lisa veut en faire..
Comment ça ce qu’elle « veut en faire » ? Je n’eus pas le temps de réfléchir car les deux hommes nous prirent tous les quatre, une main pour agripper un dossier de chaise, avec cette même douceur que lorsque j’ai été amené au bureau du papa où loge cet imbécile de fauteuil. Nous nous entrechoquions, du coup, nous protestions. Le grand-père le remarque tout de
suite :
- Tu es certain qu’elles sont de bonne qualité ces chaises.
- Non mais dis donc, toi ! Criai-je. Je suis à peu près sure que nous sommes moins vieilles à nous quatre que toi tout seul ! Un peu de respect pour nous s’il vous plait !
- Pff ces hommes ! Ils ne doutent de rien ! Compléta Dynamite pendant que Marguerite et Ludivine étaient plongés dans le silence.
- Ho oui, ne t’en fais pas papa. Elles ont résisté à nos deux enfants. Tu sais à quel point ils peuvent gigoter quand ils sont assis.
- Je préfère ça… Dis-je pour finir.
Nous étions donc installées dans le couloir. Pour combien de temps ? Allions nous être utilisées ? Dans sept jours, deux semaines, un mois ? Ou plus ? Nous n’en savions rien… Nous étions noyées dans l’incertitude et nous craquions notre bois d’inquiétude.
De là où nous étions, nous apercevions les deux hommes en train de découper les cartons et de les déposer à terre pour « protéger » et sur ces cartons, ils avaient déposé des outils.
L’après-midi, on sonna à la porte, c’était le patron d’une l’entreprise qui était déjà venu une fois mais ils avaient parlé dans la salle à manger.
- Il faudrait quand-même que tu songes à mettre des chaises autour de la table de la salle à manger François… Ce n’est
pas avec deux pauvres tabourets que tu vas attirer du monde chez toi ! Dit soudainement le grand-père.
- Oui, je sais depuis qu’on est là, on doit le faire mais à chaque fois on oublie et nous ne sommes que rarement dans
cette pièce. On est toujours dans le salon.
- Mouais… Pendant qu’on s’occupe de la cuisine, tu pourrais t’intéresser à cette pièce, ce pourrait être très joli… Parce que dix ans sans même avoir mis des chaises dans une salle à manger, il faut le faire !
Même les humains se trouvent bizarres entre eux…
Le patron de l’entreprise envoya alors ses hommes commencer leur travail dans la cuisine qui était désormais nu. Ce fut un énorme boucan. Ils cassaient tout ce qu’il fallait supprimer.
- Non mais regardez ce massacre… C’est là que nous habitons ! Me lamentai-je.
- Je ne crois pas que nous serons rapidement remis en place… Déclara Marguerite.
Dix-sept heures, fin de journée, certes, mais elle allait encore être agitée pour nous : une demi-heure plus tard, Lisa arriva à la maison, fatiguée et de mauvaise humeur. Dès qu’elle nous vit, elle fut remontée contre son mari.
- Tu ne vas pas laisser ces chaises dans le couloir ! Ca bloque tout le passage !
- Ben tu veux que je les mette où ?
- Dans le garage, comme tout le reste !
Elle voulait nous installer dans le garage ? Là où il fait noir et qu’il y a des toiles d’araignée ? Apparemment, le pire était à venir. Nous allions donc retrouver les chaises du jardin, connaître le lieu dans lequel elles habitent pendant la quasi-totalité de l’année.
François n’hésita pas longtemps avant de s’exécuter : toujours aidé du papi, il nous emmena comme prévu dans le garage. Effectivement, il y avait bien « tout le reste », c’est-à-dire le meuble et la table de la cuisine.
- On ne peut pas les empiler ? Demande le père de François.
- Je ne sais pas… Attends, on va essayer.
Et ils essayèrent. Dans tous les sens, quitte à nous tordre les pates et à nous faire grincer de douleur. Mais ce n’était
pas possible de nous mettre les unes au-dessus des autres. Ils abandonnèrent cette idée et ils nous laissèrent serrées toutes les quatre dans un coin. Cinq minutes plus tard, François réapparut avec une gigantesque bâche qu’il passa autour de
nous. C’était soi disant pour « éviter que l’on prenne la poussière »… c’était sur, nous allions prendre froid !
Puis nous fûmes de nouveau seules, sans compter les autres chaises qui étaient elles aussi dans un coin, une bâche
autour d’elles.
- Qu’est-ce que vous faites là ? Qu’est-ce qu’ils fabriquent les humains ?
- Ils innovent leur cuisine…
- Ah… C’est pour cette raison qu’ils vous expédient chez nous ?
- Oui… répondit alors Dynamite d’un air triste.
- Alors, vous êtes la bienvenue !
- Dites… C’est vrai ce que vous nous aviez dit ? Il y a vraiment des toiles d’araignée ?
Nous avons discuté très longtemps avec les chaises du jardin pour passer le temps. Mais le problème, c’est que nous ne
savions pas combien de jours nous serions coincés ici… je craignais fortement d’être oubliée dans ce coin isolé de la maison, en-dessous de cette fichue protection en plastique. Combien de temps allions-nous rester seules sans même porter un
seul humain ? Nous étions confrontées à une interminable attente qui commençait déjà, mais qui ne cessait pas de continuer…
Une semaine passa, puis une deuxième. François n’était plus en congés et il reprit son « maudit travail ». Le temps devenait long et pour nous occuper, nous observions le garage et ses moindres recoins. C’est alors que nous avons découvert Plume qui passait de temps en temps par la petite fenêtre du côté qui était toujours légèrement ouverte. Cependant, elle ne semblait pas normale. Elle marchait beaucoup moins tranquillement, elle semblait se ménager. A chaque fois qu’elle se rendait dans le garage, elle se cachait au même endroit, sur une vieille couverture de laine.
Avait-elle été chassée elle aussi par les humains ? Et Bruce ? il me manquait beaucoup… Je voulais tellement le revoir… Dans le couloir, quand nous y avions été déposées juste quelques instants, il nous rassurait en se tenant près de nous. D’ailleurs, il
tentait de se rassurer lui-même ! Tout ce bruit était insupportable à ses oreilles, tout comme à celle de Plume.
Si les hommes savaient à quel point leurs satanées « idées géniales » pouvaient être aussi mal perçues de
notre part, ils seraient certainement très surpris…
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MessageSujet: les chaises suite   Mar 9 Sep - 1:20

Chapitre 9 : Nous avons été relookées.

Une semaine de plus venait de
s’écouler. Toujours pas de nouvelles de la maison. De temps en temps, on
entendait Bruce aboyer et ses maîtres qui étaient incapables de lui parler
gentiment. Faut-il être chaise pour aimer les animaux ? Souvent, ils venaient
près du garage et il frottait contre la porte de celui-ci. Il suffisait que
l’on parle et qu’il perçoive le son de nos voix pour qu’il veuille absolument
nous rendre visite. Ce chien était vraiment adorable...


Toute la
journée, nous discutions entre chaises, de tout et de rien, en prenant notre
mal en patience. Je commençais à douter de plus en plus, j’avais peur de ne
plus jamais retourner dans la cuisine avec mes trois amies.


Nous pouvions entendre le bruit des
travaux, mais nous n’avions aucune idée de ce qui pouvait se passer à
l’intérieur de la maison :


- Ils doivent démolir la maison entière
pour faire un tel boucan ! s’exclama Ludivine.


- Je me demande bien qu’est ce qu’ils
peuvent fabriquer… Dites vous croyez qu’ils savent que Plume passe la plupart
de son temps dans le garage ? Demandais-je.


Evidemment personne ne put me répondre,
mais l’animal se réfugiait toute la journée dans sa cachette avec nous, dans le
garage. Elle me paraissait de plus en plus bizarre. Elle ne bougeait plus beaucoup,
elle ne courait jamais, elle se déplaçait très peu… cela ne lui ressemblait
pas ! Bien sûr, à la maison, elle fait des siestes interminables, mais
elle se dépensait un minimum. Elle ne souhaite même plus embêter notre brave
Bruce !


Quelques jours passèrent encore et dès
que nous entendions un quelconque bruit aux alentours de la porte du garage,
nous espérions que quelqu’un entre et
vienne nous chercher. Que de déconvenues, que de déceptions. Nous n’avions reçu
que quelques visites des ouvriers qui travaillaient dans la cuisine, mais ils
venaient uniquement chercher des outils et ils ne restaient jamais longtemps,
ils ne nous remarquaient même pas.


- Pff, j’en ai marre de rester
ici ! C’est quand qu’on s’en va ? Soupirait Dynamite.


- Imagine que les chaises du jardin
sont ici toute l’année ! Répliqua Marguerite.


- Ca, c’est bien vrai ! Ce n’est
pas marrant d’être là ! Affirma l’une d’entre elles.


J’avais de la peine à croire qu’il
faille que je m’habitue à cette nouvelle vie, qui consiste à ne voir le jour
que pendant les mois chauds du printemps et de l’été. Je pensais que depuis dix
ans, notre ancienne vie n’était pas parfaite, mais au moins, elle n’était pas
moche non plus. Je devenais nostalgique du passé quand soudain, j’entendis
Bruce de nouveau gratter la porte du garage. Ensuite je parvins à distinguer le
son de la voix de François puis celle de Lisa. Ils parlaient de la cuisine qui
serait finie « dans une petite semaine », que cela avait été des gros
travaux mais que le résultat était fabuleux.


- Les amies, je crois que cette fois,
ça y est, c’est pour nous ! S’enthousiasma Dynamite.


- Je l’espère… Je l’espère vraiment….
Répondit Marguerite alors que Ludivine et moi étions gagnées par les émotions.


Enfin, ce fut le son d’une clef qui tournait dans
une serrure. La porte s’ouvrit et le jour arriva en même temps dans cet endroit
constamment plongé dans le noir.


Nous revîmes de nouveau le visage du couple. Je
les avais presque oubliés. Tous les deux semblaient fatiguées, ils avaient
exactement la même tête le matin, quand ils étaient réveillés par leur terrible
réveil depuis seulement un quart d’heure. Je fus heureuse de constater que
c’était vers nous qu’ils marchaient. Ils nous enlevèrent la bâche, tout comme
au meuble et à la table de la cuisine.


- Tout va enfin redevenir normal. Nous
allons reprendre notre vie de chaise ! S’exaltait déjà Dynamite.


- Ce n’était pas trop tôt ! Mais
il faut quand-même insister sur le fait que les chaises du jardin on été très
accueillantes. Ce n’est pas facile de…


Je voulais terminer ma phrase, mais un nouveau
bruit de machine me coupa violemment la parole. « C’est bon elle marche
toujours Lisa, Il n’y a pas de problèmes ! ». Nous étions tellement
heureuses de les revoir que nous n’avions même pas remarqué ce qu’il tenait en
main, cette chose « qui marchait encore » !


- Je vais les poncer tout de suite ma Cocotte.
Comme ça on pourra les peindre et ce sera prêt rapidement !


- Oui d’accord. Pas de souci François.


Avaient-ils décidé de ne jamais nous donner quelques
instants de tranquillité ? Fallait-il tout le temps nous préparer au pire
avec eux ?


- Marguerite ?


- Oui ?


- Par le plus pur des hasards, sais-tu ce que
signifie le mot « poncer » ? Demandai-je à celle qui savait
tout.


- Non.


Je n’avais pas trop attendu pour découvrir le sens
de ce mot : François se sentait tout à fait prêt à travailler. Il nous
sortir les unes après les autres et il nous installa sur la terrasse. Le temps
était doux et l’automne naissait petit à petit.


Je m’intéressais peu à ce moment-là à la beauté du
décor car le papa s’avançait dangereusement de moi avec sa drôle de machine. Il
la colla sur moi et il commença son travail : il me ponça. En fait ce
n’était pas une sensation désagréable, bien au contraire. C’était des petites
secousses, une multitude de vibrassions qui me traversaient tout le corps. Pour
s’occuper de chacune d’entre nous, il prit une bonne heure. Finalement,
François nous rangea de nouveau dans le garage.


Avant ou après le ponçage, nous ne savions pas
tellement quel changement avait été opéré. Nous avions été toutes les quatre
séparées et nous nous retrouvions seulement maintenant dans ce fameux garage si
sombre.


Apparemment, François n’avait pas encore fini de
« bosser », comme il dit. La machine à poncer ronronnait toujours, je
compris par la suite que c’était la table à qui on avait réservé le même sort
que nous. Le soir arriva vite, la table fut de nouveau avec nous dans le
garage. Lisa quant à elle était venue dans ce lieu pour fouiller sur une
vieille étagère pour éventuellement trouver de la « peinture ». Elle
avait laissé la porte ouverte et ce fut avec une joie immense que Bruce vint
nous rejoindre, Aussi joyeux qu’un chiot. Croyez-moi le bonheur fut
partagé :


- Bruce. Mon brave Bruce ! Ho qu’est ce qu’il
nous a manquées ce gentil chien ! Ho il est toujours aussi beau ce
chien ! S’emporta Marguerite qui avait besoin de se détendre après
l’épreuve de ponçage qui ne fallait pas, tout compte fait, autant redouter.


- Ça faisait si longtemps… Pensa Ludivine, émue.
C’est qu’il est toujours aussi mignon, même en vieillissant !


- Oui, il a bien grandi ce chien… il est si
gentil ! Ajoutai-je.


Cependant, la maman mit fin à notre délice en
remarquant que le chien était dans le garage.


- Bruce ! Tu ne dois pas être ici !
Va-t-en.


- Allez viens Bruce, on va faire une promenade.
Intervint alors Cyril qui s’occupait de plus en plus du chien au fur et à
mesure qu’il grandissait.


- Merci mon poussin… Dit alors Lisa. C’est fou ce
chien. Depuis le temps qu’on l’a, on n’arrive toujours pas à l’éduquer. Il n’y
a vraiment rien à faire !


- Parler d’une voix douce et mélodieuse quand tu
t’adresses au chien ! Ce n’est tout de même pas si compliqué !
S’énerva Marguerite qui avait vraiment besoin de se relaxer. Même elle ne
supportait plus cette situation qui durait depuis trop longtemps.


Mais figurez-vous que nous n’étions pas encore au
bout de notre peine ! Nous comprîmes bien plus tard ce le que le ponçage
avait changé certaines données. Lisa ne trouvait toujours pas ce qu’elle désirait,
alors elle alluma la lumière accrochée sur l’un des murs. Je fus tout de suite
frappée par l’aspect de la table :


- Regardez-la ! Elle n’a plus rien comme
couleur. Elle est à nu !


- Ho ! C’est étrange ! Comment ça se
fait ?


Il y eut un silence, un très long silence avant
que toutes les quatre, nous nous observions entre nous.


- Mais nous sommes toutes nues ! Mais c’est
affreux ! Criai-je.


- Mais je suis toute nue ! Mais arrêtez de me
regarder ! Arrêtez, j’ai horreur de ça ! Se plaignit Ludivine.


Ce fut une grosse humiliation d’être chacune nue
devant nos copines, mais ce fut encore plus affreux lorsque nous avons entendu
rire aux éclats les chaises du jardin !


- Franchement, ce n’est vraiment pas
drôle ! Vous n’avez pas honte de vous moquer à ce point ? Se mit en colère
Ludivine pour la deuxième fois.


- Ho mais dis donc toi ! Tu ne
serais pas un peu pudique par hasard ? demanda l’une des chaises du
jardin.


- Ou tout simplement complexée…
Compléta une autre en riant de plus belle.


Nous ne voulions qu’une seule
chose : éteindre cette maudite lumière, ce qui fut réalisé quelques
minutes plus tard. Ludivine, fâchée, ne parla plus avant très longtemps. Les
chaises du jardin furent quant à elles très joyeuses encore quelques heures.


Comme si ce problème n’était pas
suffisant, il vint s’en ajouter un deuxième : nous étions nues et par
conséquent, nous avons eu très froid cette nuit. Les chaises du jardin
avaient cessé de rire et elles tentaient de nous donner les meilleurs conseils
pour que nous puissions nous réchauffer mais
rien n’y fit, ce fut une très mauvaise nuit.


Heureusement, le calvaire s’arrêta
rapidement grâce à Lisa. Elle avait elle aussi enfilé un tenue de travail. Elle
était venue avec un pot de peinture rouge à la main. Comme son mari la
veille, elle nous prit séparément pour nous étaler cette chose qui sentait si
fort. Avec son « pinceau », elle faisait pénétrer cet épais liquide
en moi, un liquide formidable car il me réchauffa d’un coup partout où il se
trouvait sur moi.


Ludivine, Dynamite, Marguerite et moi
étions dehors, les pates posées sur un carton et nous « séchions ».
Nous nous sentions beaucoup plus sereines et relaxées. La peinture n’avait été
que bénéfique pour chacune d’entre nous. Nous étions ensemble mais nous n’avons
même pas discuté tellement que nous étions fatiguées et c’est en ayant eu
l’esprit à nouveau tranquille que nous nous sommes endormies.


Nous avons dû nous enfoncer si
profondément dans notre sommeil que nous nous sommes réveillées à nouveau dans
le garage. Toutes sauf Marguerite qui ne s’était pas autant assoupie. Elle nous
expliqua que Lisa nous avait passé une « deuxième couche ».


- C’est pour nous rendre encore plus
belles qu’elle a dit ! Et plus solides aussi…


- C’est vrai que je me sens beaucoup
mieux qu’avant.


D’ailleurs, nous étions tellement
revitalisées et ravissantes que les chaises du jardin semblaient à présent
jalouses…


- De toute façon, il y en a toujours
que pour les mêmes ! Et nous c’est quand qu’on change de couleur ?


- Laisse tomber va ! Nous, on est
des sans-abri. Nous ne sommes pas importantes. Nous vivons dans l’ombre et ça
satisfait tout le monde…


Le lendemain, François vint nous
chercher et il prit le chemin de la maison :


- Youpi ! Cette fois c’est sur,
c’est le grand retour à la maison. S’exclama Ludivine.


Nous laissions exploser notre joie et
nous arrivâmes vite dans cette cuisine toute neuve… et magnifique !


Les humains sont parfois étonnants…
C’est pour cette raison que je les aime !





Epilogue.





Cette cuisine toute nouvelle était
absolument éblouissante. Cependant, nous n’avions pas tout vu : dans l’une
des pièces voisines, plus précisément dans la salle à manger, il y avait quatre
nouvelles chaises. Nous avons rapidement fait connaissance et elles sont
devenues plus vite encore des amies.


Les humains nous paraissaient tous les
jours un peu plus farfelus que la veille. Ce n’est pas pour autant qu’ils
comprenaient comment il fallait parler à leur chien. Les enfants quant à eux
grandissent toujours et sont à présent des humains bizarres à part entière,
comme leurs parents.


Bruce ne semblait pas du tout dérangée
par notre nouveau look ni par cette nouvelle cuisine. Il nous aimait toujours
autant et c’était réciproque.


La plus grande surprise est venue de
Plume. Ce fut un beau matin, pas longtemps après que les travaux furent
terminés. Lisa et François, aidés de Cyril et Thomas, avaient remis un peu
d’ordre après tout ce remue-ménage de ces dernières semaines. Il fallait
réorganiser le garage et faire le ménage, ce que firent très bien les enfants.


- Ho ! S’exclama alors Thomas.


- Qu’est ce qu’il y a mon
poussin ?


- Regarde maman ! Sur la
couverture


- Ho !


Ce petit échange entre la mère et son
fils avait suffi pour attirer l’attention de François et de Cyril. A leur tour,
ils furent étonnés et émerveillés à la fois. Devant eux, sur cette fameuse
couverture, Plume était couchée avec sur le côté. Entre ses pates se tenaient
quatre petits chatons… S’il est vrai que la chatte fut une excellente mère,
Bruce fut quant à lui un père exemplaire…


Qu’elle est belle la vie d’une chaise
dans une si belle famille ! Car c’est elle qui nous permet encore
aujourd’hui de vivre ensemble et heureuses, dans cette cuisine. C’est elle qui
nous a offert cette vie, cette vie de chaise…


Si les humains savaient à quel point
nous les apprécions, ils seraient certainement trop fiers. Voilà peut-être
pourquoi nous ne pouvons pas communiquer avec eux…
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Les chaises
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