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 La cloque des souhaits

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lu-k
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Localisation : France - Drôme
Date d'inscription : 11/08/2009

MessageSujet: La cloque des souhaits   Mar 11 Aoû - 23:05

La cloque des souhaits


Quand les rues, pénibles sous les violons du soir, martèlent ma démarche de trop nombreuses années, c’est la ride maligne qui s’écorche dans un coin de la nuit. L’espérance est hurlée à tout pore de la peau ; l’espérance d’une lame, terne et grise comme les vieux jours, qui surviendrait au détour d’un nuage, pour transpercer le thorax et son cri d’abandon. Le mal est défendu et poursuit l’étoile défraîchie du bonheur de l’homme ; palpite doucement et au fil de l’errance la petite déroute de l’esprit qui ne veut pas la joie (il la trouve surannée, et tellement malveillante !). La groseille est bercée par le vent tiède : elle tangue doucement comme une proie perdue sur laquelle la mémoire a depuis longtemps abaissé les paupières.
Il y a un déluge respirant l’âpreté : c’est la pluie de ta paume sur ma peine timide.

La cloque des souhaits est une veine perdue. Une vésicule, une boursouflure tourmentée de vaines rivières glauques assises comme des feuilles sur les pierres toutes brunes et toutes rieuses ; c’est le courant de l’air et la chevelure venteuse aux courbes d’un regard, ce torrent de zéphyrs qui grince sans arrêt. Le vent souffle souvent, c’est vrai, dans les tapis de l’onde malhabile et sur le macadam.
La cloque des souhaits est une veine perdue. Une vésicule, une boursouflure attachée à la lampe de chevet, à l’ampoule qui a si froid et si mal, qui soupire et qui râle au détour de l'herbe rance, cette chevelure venteuse rythmée par à-coups au contact du soleil (il s’y accroche vivement, comme un désir).
Des voiles noirs, des hommes sans visage, des lèvres vertes : ainsi va l'errance capturée.
La cloque des souhaits, ou ne serait-ce que l'aube, accrochée à ton visage comme je le suis à la sordide pendule, ce battement incessant d'ombre de lumière, martèle la réalité d'une musique impalpable. Et, comme la pendule, j'oscille entre ombre et lumière, jours perdus accrochés à mon visage, l'aube accrochée au tien alors que je songe au coucher du soleil.

Les silences sont comme des scintillements.
La cloque des souhaits est une veine perdue, une vésicule, une boursouflure trop vaine sur la grande poche de l'impossible.
Le vent a des caresses que je ne connais plus ; l’océan et ses tempétueuses vagues tournoient ; les faucons hurlent des chants mauvais, aux douces allures de sang, amènes et viciés comme des cachots pleins de neige, barreaux transpercés seulement par les cris d’amour. Le réceptacle sanglotant est un coucher glacé où les laits maternels sont froids et rudes, où les craintes de l'enfance reparaissent, et où le beau mal, refusé, se promène lassé pour laisser sa trace pénétrante qui obscurcit de remords tardifs l'âme timorée.
Les ténèbres tirent les talons par l’arrière, et la chaleur enveloppe le corps, devenu un livide roseau à la tige si tendre que la peur le ronge, le fait saliver des orteils à la racine du crâne, du Nord jusqu’au Sud, et les bras écartés font une croix corrompue, chavirée de l’Est jusqu’à l’Ouest ; les terres anciennes psalmodient les vieilles habitudes oubliées, recalées dans l’alcôve la plus profonde et la plus obscure, et palpitent, émettent de petits bruits secs et fréquents comme des promesses. A la tombée de la nuit, au moment où les ténèbres tirent les talons encore plus fort, les chiens glapissent, déchirant l’air aride et sinistre de leur mélancolie ; seulement alors, les feuilles des grands arbres se déploient en charognes, bruyantes par leur appel sur le sol qui boue, et les chiens, debout, immenses et hostiles, ombres excroissantes de la colline, se profilent sur la lune luisante, cette malade qui éclaire les plus affreux sépulcres.
Mais tout ça n’est rien, Hommes gentils, car quand les phalanges éparses de la nuit sans contours battent en retraite, il y a les yeux de l’enfant qui s’ouvrent et regardent dehors ; ses pupilles fragiles et toutes brunies de rêves se recouvrent de blessures malingres, esquisses en désordre de cauchemars où coagulent les sévices d’un monde à l’agonie ; la cohorte des songes se retire alors, comme la mer se retirerait du sable fin pour le laisser calleux, amer et jonché d’algues dégoûtantes, et laisse place à la cohorte violente des inquiétudes.

Dans la frénésie abyssale des lampadaires mouillés d'urine, qui caressent doucement l'étreinte de l'obscurité, cette énorme obscurité qui boitte, blessée de mille tendresses, rallions la cloque des souhaits pour que s'allège la démarche, lourde de trop nombreuses années, pour que s'exile la ride maligne s'écorchant dans un coin de la nuit, et pour qu'enfin la groseille devienne immobile, bercée doucement par un silence qui ne peut se mouvoir, et que la mémoire (cette chère mémoire ! elle vous fait rire n'est-ce pas, avec ses coups portés comme l'ironie glisserait sur un visage vide !) s'échappe enfin de son berceau de vadrouilles ne s'accoudant à rien ! Ma peine éclaterait alors sur ta paume, chienne bergère pour les moutons naïfs, et rassurez-vous ! La cloque des souhaits grossira tellement que la grande poche de l'impossible crèvera d'eczéma, d'osmose avec le cocasse et pernicieux rapace du sommeil - et seulement alors, les voiles noirs, les hommes sans visage, les lèvres vertes prendront la splendeur du givre !
Peut-être que l'aube, encore réticente, s'accrochera à ton visage telle une ombre avide, et les jours confondus avec les nuits craquelées, la pendule immobile sous les scintillements des silences ; mais qu'importe ! A la grotte de l'oubli s'arrête l'oubli mort, un visage tout d'ambre et d'ombre et d'or et de pleurs grimaçant sous l'effort.


Le petit nuage rose, ce nid d’argent, est le refuge de tous les flambeaux de vos histoires mortes, s’éteignant comme le cri venant des lèvres sur lesquelles un doigt se pose. La raison est furtive et ne se love plus nulle part, glacée et tremblante, fluide folie que l’on croit peinte en or et qui grimace aux beaux matins d’hiver, ces lisses et tendres visages d’enfants. Le bruit est un meurtre, en bas, dans les caveaux perclus de tristes abris noirs ; en bas, les scintillements sont des rigoles qui sonnent trop fort, des miracles bannis parce qu’ils apportent des formes aux allures de soleil, se terrant en intruses dans les recoins où nulle lumière n’a jamais pu survivre ; en bas, les rivières ambrées entrelacent leurs ombres, vestes d’abandon aux chagrins d’aubépine qui n’ont de fleurs blanches que de funestes dards, et portent dans leurs eaux des tenues de diable et des larmes mesquines ; en bas, l’éternelle cloison protégeant l’ivre détresse n’est plus : les mains accourent, moites, vers les joues, suantes elles aussi ! plus rien n’est cadenassé, les obsèques deviennent goûteuses et enfilent leurs doux habits du soir, des alvéoles tendent des fils de la mort, et la raison, cette fluide folie que l’on croit peinte en or, emmène ses lierres vers d’autres murs, moins ébranlés.

Le petit nuage rose, ce nid d’argent, a le visage d’un bandit. Pourquoi les azurs sont tristes et bégaient ? Leurs voix tremblent et leurs couleurs coulent ; leurs figures dévalent la pente amère et s’écorchent en haillons sur des lames orange et pointues ; leurs nez et leurs bouches respirent un air qui a depuis longtemps fini de souffler. Les azurs sont des anomalies, comme les baisers. Ou comme la caresse, belle et seule, du tussor sur la joue. Les azurs sont des feux improbables qui sanglotent et suffoquent. Pourtant, il y avait bien, sous la terre sanglante, sous les mille sangs opaques, sous les sombres et lourdes et moroses vagues, les châteaux flamboyants des jours d’avant les jours. Il y avait bien ces odes aux souvenirs et la barque désolée des noirceurs, ces rides à la mer, ces parois toutes de miel et d’écailles ; des dômes pleuraient comme des saules leurs lustres miroitants ; des couloirs sans fin menaient aux erreurs fanées contre la grêle que des draps recouvraient ; des clochetons d’un gris limpide étaient suspendus par centaines et faisaient descendre les rêves… leur son, clair comme de l’eau, nourrissait la splendide amertume, immense et seule ; et puis c’était un festival jaune, tout en collines d’or, avec les créneaux des chairs qui brillaient comme des lucioles, des lanternes perdues dans la marée noire de l’infini ciel de nuit, des sentinelles, des gardiennes des cieux et de l’éclatante lune pâle, bondissant comme des alevins dorés dans un lac insondable et sinistre ! Des rondes en safran tournoyaient sur la voûte céleste et sur ses pendentifs ; on pouvait voir, par la petite fenêtre aux galbes en forme d’espoir, située tout en haut du beffroi de diamants, resplendir l’aurore blanche et ses paumes luisantes recouvrir les visages de sourires.

Le petit nuage rose, ce nid d’argent, étincelle comme un hameçon. Je vois les corps pleurer et se tordre de douleur. Je vois les Hommes, errants et spectraux, pleins d’écornures, de brèches trop profondes ; je vois les Hommes, et leur éclat d’amour, crier avec leurs langues toutes tordues de honte ; je vois les songes accrochés à leurs jambes, à leurs mains, à leurs ventres, à leurs oreilles, à leurs yeux ; je vois la maladie qui ronfle au fond de leurs entrailles et les fait grelotter sans qu’ils s’en rendent compte – cette douce maladie est une hyène qu’ils ne découvriront pas, aveuglés de cauchemars qui les scrutent d'un air menaçant ; je vois l’écharde dans leur dos trempé : elle est habile, elle veut vivre et ramper sous leurs peaux comme un ongle avalé, elle veut fumer leur angoisse pour la recracher grandie et encore plus lugubre ; je vois les tragédies de mon âme et les leurs qui déjà s’estompent, je vois les palais noirâtres de mon cœur et je vois aussi les leurs s’entrebâiller sur le repos éternel. Mais comment chanter leur perte, clamer cet orage qui a su galoper jusqu'en mon sommeil et me tendre une main abîmée, aux lignes fatiguées et couverte de sang ? Car sous la fontaine venant du ciel j'irai tendre mes bras et hurler la grande engelure, au sommet où les convictions s'asphyxient et où la lanterne, pétrifiée, clignote. J'irai là-haut, paré de mes habits qui n'ont pas de couleur, et je m'étranglerai, toujours regardant le ciel tout proche, me baignant dans ses nénuphars de vapeur, et mes entrailles inutiles voudront bondir hors de moi, heureuses et libres ; alors seulement, le ventre collé à la neige secrète, je deviendrai le clandestin sous les flocons épais, et tout sera percé de l'absolue compréhension, comme le drap aimable découvrant le corps cambré, satiné et onctueux d'une femme.

Le petit nuage rose, ce nid d’argent, ne s’étouffera jamais comme les autres nuits affamées et géantes. Il flamboie, se cache derrière un ciel couvert et vous tend un saphir : la pierre rouge contenue dans la cloque des souhaits.


Derrière les épées ardentes de la réalité, il y a les cadeaux ténus se recroquevillant sans cesse, les reflets narquois calcinés d'inquiétudes que la raison, prise dans les filets du coeur, a oublié et a laissé valser. La fougue valse, elle aussi, dans sa grande plaine aride : elle délire, animée de néants et de flots en silice, déploie son ample et vierge voilure et va, flottant au gré du chatoiement des sens.
J'ai vu une petite fille l'autre jour, âgée de cinq ou six ans peut-être, marcher comme soubresaute une vague. Je l'ai vu marcher comme soubresaute une vague et pleurer et crier à la fois, petite bête qui boit les minutes. Elle avait les yeux gorgés d'espoirs abattus, de chuchotements suppliciés, d'encre et de passion. Une fresque troublée, un drapeau frêle et battu par la pluie ; j'observais ses frissons par la lucarne, située sur le toit où logeaient les oriflammes et les démons rieurs, sentinelles de nos plaisirs fugitifs, et j'eus envie de l'engloutir, de lui ronger la peau pore après pore tel le vil voleur arrachant le nouveau-né à son berceau d'amour ! J'ai aperçu les funèbres et tristes gondoles de la beauté s'avancer, et l'ivresse s'est froissée pour rejaillir plus intense et étendue encore ; j'ai ri de désespoir et quelques instants après, les routes se perdaient aux mains de nos détresses, les herbes subordonnées à nos deux corps rêveurs s'offraient avec vertige aux infinis d'en haut, la lune nous questionnait romancière de drames ; elle soubresautait toujours comme une vague, hagarde et pataugeant dans le miel : je voulais la transformer en un alizé écumeux suintant l'allégresse. Alors, je la pris doucement dans mes bras : elle était légère comme le soleil d'une peur. Ces spasmes s'accélérèrent mais rien dans ses gestes ne me disait lâche-moi. Lentement, et avec soin, je vomis les commissures de ses lèvres puis sanglotai ses chevilles minces comme des fils qui se pliaient soudain à la rencontre du sol. Tout agonisait alentour : la honte s'écoulait des petites berges, la mousse (que j’aime beaucoup ramasser les matins d’hiver dans la forêt car la rosée s’y dépose en fines lamelles claires et douces) blêmit, des lits d'infortune apparurent au pied de chaque chêne, et les rives qui d'habitude éclataient en langueurs fleuries se parèrent de langues âpres et visqueuses. Un murmure incompris, cruel et vivace, haleta et se perdit dans les rues. Mon sourire était doux et figé comme l'ennui : j'étais l'aurore esseulée à la peau sibylline et sans bonheur. Cette argile dans ma bouche n'était qu'acrimonie ; cette morte n'était qu'une écorce qui faisait grelotter mon être, hélé par les saignées naissantes à l'orée de sa démence.
J'ai mangé des cigales étonnées, j'ai battu beaucoup de poumons sans air... les premières tombèrent au fond de ma gorge et les seconds s'échouèrent sur les ravins, orfèvres de mon affolement.
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MessageSujet: Re: La cloque des souhaits   Mar 11 Aoû - 23:06

La vérité est timide parce que la pluie se réveille doucement. Les paroles sont incandescentes : ce sont des cadavres qui s’étonnent de tout, des désarrois qui s’élancent en pleurant de ma bouche, conjuguée en ailleurs. L’arbitre est perché sur la falaise de granite et ronronne ; il est le spectateur de la course du soir, du berger troublant aux teintes aciéreuses, de la douleur qui grésille et tente de s’envoler, incapable, poussant des cris de cristal, au-dessus des nuées ardentes.
Les gouffres pourris élancent des saveurs inconnues, cherchant les déroutes et leurs revers ambrés ; les peintures de l’éclair sont hurlées et brinquebalés ; les nuances se mélangent et se renversent en chamois blafard sur les bords de route ; les bons jours sont rares, fragiles et précieux ; un néant souffle sur la plage frêle et souriante comme une morte ; les pertes sont acheminées par des boulevards sans-cœur et les désirs dansent entre eux.
La vie se pare d’un manteau de mistral, volé à je ne sais quelle rafale du haut de je ne sais quelle tour d’espoir : elle est inatteignable et ne fait plus que donner le froid. Les bonheurs ont des pieux et craquèlent, pansus, tournoyant nuits et jours. Les rivages affolés s’embrasent et le grand galop est un courroux, un silence mis à terre, battu, tué, par des besoins en furie et furieux et s’enfuyant, faisant naître un tremblement jusque dans les plus profondes profondeurs du sol, là où l’air est chaud et l’œil incapable.

Le portique de la prison de verre a été ouvert, réveillé, pourtant loin des autres et de la bruyante vie ; la lumière a été vue et la descente terrible, vacarme embué de pluie, raies multicolores qui jaillissent du sol, a fait pâlir les grands monts au loin, touchant l’horizon et se muant en longs traits fins et noirs. Le soleil n’est plus divinement rouge pourpre, il a pris la couleur des vieux papiers que l’on jette aux braises : livide et jaune et morne comme la déliquescence. La crainte pernicieuse se glisse dans les yeux et l’on croit la voir apparaître à travers tout roseau, subtile et doucereuse… une sangsue ! Et quand le tonnerre morbide du nouveau jour retentit, les oreilles se terrent et les lumières s’abaissent encore ; les ombres grandissent et exhalent le vacarme des doutes ; les cliniques vertueuses sont absorbées par des vents dépeçant corps et âmes ; les sables drus fouettent et l’anarchie grouille, violente et compulsive. Les chants ont semblé s’élever plus haut que les toitures du ciel : des chants mauvais, litanies ténébreuses qui rient sans perdre haleine, s’accrochent vainement comme des lianes perdues. L’heure des déroutes.

Entre les tempes maussades éclatées comme les cendres s’éparpillent dans le lit de la rivière, les senteurs sont sèches et roulent sous les regards en traînées impalpables ; les coupes sont pleines de rebuts fallacieux et les gestes bruissent des cascades d’eau douce ; des complaintes sont ravagées contre les parois de l’aigreur et s’entendent, s’immiscent en zigzaguant dans les tréfonds de la transe, dans les abysses de l’instantané brillant de musique et de reflets savoureux, volubiles et stridents. Il y a peut-être le son du saxophone qui s’essouffle, coupé dans son rugissement mordoré (un brun triste qui suffoque mais ne veut pas mourir ; un doré qui monte aussi haut et vole aussi vite que les grands oiseaux aux plumes arc-en-ciel) empli de lamentations et de spasmes fugaces voguant sur le bateau de la nuit, et qui contemple les yeux du frisson, les yeux de l’homme perdus comme des tombeaux dans un champs d’iris et de peurs, les yeux de l’existence qui s’amassent et déploient leurs cils noirs sur la mélodie affamée, languissante et pétrifiée. D'autres yeux rampants, des tombeaux eux aussi, veulent trembler encore et faire vibrer le marbre et le sable et les os, veulent dormir encore mais au rythme des pleurs et des joyaux sacrés du crépuscule ! Des complaintes sont ravagées contre les parois de l'aigreur et tout vibre : je suis maintenant en osmose avec les pertes de chacun, celles oubliées au détour de la route broussailleuse, celles échappées d'une poche en velours et venues s'étendre dans le grand champs fangeux. La musique persiste, sournoise. Des membres égratignés se traînent sur les flancs des montagnes. Là où jadis l'astre du jour persistait et transcendait les courants blancs, il y a des rognures de peau qui s'illuminent sous les pupilles mauvaises d'ombres silencieuses, traces immondes s'abreuvant de la chaleur de l'angoisse ; des visages sans bouche n'arrêtent pas de rire, gisants çà et là, en travers du sol, sculptures figées comme le cri indélébile du chat transpercé entre les deux yeux, ou la blessure délicate atteignant le coeur de l'inconnu... et l'endroit où se rejoigne les lèvres est alors coupé avec précision afin que les étoiles, dans le bois aux murmures où les corps meurtris rampent jusqu'au petit matin, s'éveillent à travers les arbres et glapissent la plus belle des musiques : celle de la solitude, glissant sur les souhaits avec la facilité du remords.

Les rétines sont embuées, le lyrisme est en saccades ; les rues sont étroites et pleines de flocons semblables aux mots rasoirs et cruels ; les psychés ne renvoient que des saphirs maussades et des maisons grises ballottées par des souffles féroces. Aucun havre n’est tranquille, à présent, même ceux au-delà des mers et des montagnes, au-delà des plaines et des lassitudes, au-delà des terres toutes d’or et de souvenirs. Les échos sont damnés, veufs, inconsolés, les forêts hargneuses, le regard de l’enfant toujours apeuré et blessé. Le petit nuage rose, ce nid d’argent, prend de l’ampleur, tandis que la cloque des souhaits expire doucement.
Mais écoutez le requiem marcher, tranquille et universel, ses semelles récitant un poème aux artisans de l’émotion ; tendez l’oreille pour entendre le vrombissement de l’écume, faites danser votre peau pour sentir la névrose indomptable de l’écorché vif. Pour finir, les navires de perle, étincelants sur les étendues de larmes, apporteront les souvenirs, immenses et vermeils, et ce sera là le trésor de tous les souhaits.
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