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 Mlle Rose dans le bureau avec la plume

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Ombres7
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Date d'inscription : 12/05/2010

MessageSujet: Mlle Rose dans le bureau avec la plume   Lun 31 Mai - 15:49

Un jour où tu n’étais, en une nuit vagabonde, le temps s’est arrêté au pied d’une Rose sombre. Faire que le destin change frappé par l’oiseau, lui-même servi au thym pour d’incestueux marmots.
La jeune et fraîche si blanche voulait changer de poudre pour rendre à ce teint la pâleur de la foudre.
Aristocratie vagabonde, nuit vagabonde, âme vagabonde, oiseau décharné dont la plume gisait près d’une feuille de papier. Lorsqu’on ne leur coupe pas la tête, eux-mêmes veulent s’en charger. Mais avant le grand saut : l’envol, la plume tendue au bout des doigts...

« Péripéties mélancoliques aux damnations tragiques, je ne crus en l’existence d’une encre de souffrance. Mais aujourd’hui j’écris. Folie douce asservie à me mirer l’idylle d’une vie sans enclume, de printemps continus, d’inaudibles pauvresses qui feignent la pauvreté. Certains dirons qu’en Poucet je traçais mon retour de dents sur le parquet. Maintenant que mon cœur chante le morse en impulsions saccadées envient-ils toujours mon trône doré ?
Le papier se déroule. Me reste à essuyer la sombre glaise qui emplie mon ventre, mon cœur, mes tripes et mes entrailles. En braille si je le pouvais j’écrirais cet adieu ; il n’est pas là pour être lu, il est là pour être né de mes dernières pensées. Quel jeu amer que l’amour. Plus frénétique qu’un jeu de paume, posé sur une joue d’où jaillit une larme d’un bonheur salé. Caresse d’une ligne qui trace les beaux jours. Mais les droites se courbent et les mains se ferment pour se changer en poing.
Final ? Dois-je m’arrêter ici et entamer la partie de chasse dont je serais à la fois l’arme et le trophée ? Lorsque la lune faiblit naissent les rosées. Une goutte si pure qui naît du premier pli, coule sur la joue et chute sur l’épine qui me transperce. Dispersion de ma chère et tendre raison qui eut tore de croire en une faculté masculine. Mon problème fut de situer le mâle par rapport au bien. Morne vie, vie vagabonde. N’y cherchez plus aucune raison. Cette fourberie a pour objet de nous mener à la mort. La vie amène toujours à la mort.
Dispersion de ma chair et tendre suffocation, il me tarde que ces mots s’assèchent pour que ma tempe se trempe.
Synesthésie de la poudre de teint à la poudre sans teint.
Chromatographie du blanc au rouge...
»


Rose


Impossible de chuter lorsque les plumes se déploient. Cette œuvre fut la seule qu’écrivit la jeune Rose ; et jamais elle ne la relut.
Une bonne pluie de larmes nettoya sa glaise. Une coulée d’encre empêcha une coulée de sang. Et le papier meurtri fut à jamais caché au cœur d’une male où fanaient d’autres secrets.

-----------

Bien des soleils sont morts depuis ce meurtre raté. Plus qu’il n’en faut pour transpercer l’épaisse couche de gaz qui assombrie la Terre. Les roses ont fanés depuis biens longtemps. Et leurs tiges se sont recouvertes pour fournir l’humus des pissenlits.
Les statuts ont cédé. Les têtes sont tombées.

Voici donc la jeune et frêle plante. Les idées noires sont les bourgeons de l’adolescence ; mais le temps passe et les fleurs naissent toujours. Ce qu’il faut craindre c’est le gel. Faut-il blâmer ce père qui craignait pour sa fille que l’immobilité l’engourdisse ? Les pétales cherchent la lumière et la douce Anaïs enfermée dans sa chambre ne connaissait les charmes de la photosynthèse. Et l’on se persuade qu’elles se nourrissent de mélodies, qu’il leur faut un air gai pour déployer les feuilles. Une male au bureau enfermait un trésor : la plus belle collection de vinyle d’un amateur de rock des années 1970. Soixante neuf. Soixante huit. Soixante sept.
Et Anaïs hissait son pot au bureau et s’en allait laisser sa peau au bourreau. Son problème fut de situer le bien par rapport aux males. Et elle se trompa. Cinquante quatre. Cinquante trois. Cinquante deux. Puis une nouvelle fois le temps s’arrêta.
« Morne vie, vie vagabonde. N’y cherchez plus aucune raison. Cette fourberie a pour objet de nous mener à la mort. La vie amène toujours à la mort.
Dispersion de ma chair et tendre suffocation, il me tarde que ces mots s’assèchent pour que ma tempe se trempe.
». Et se laisser valser sur la mauvaise musique. Trente et un. Trente. Vingt neuf. Trouver l’écho et ne pas savoir composer, murmurer une rengaine de paroles assassines. Quinze. Quatorze. Le temps s’accélère.

La poudre s’est agglomérée en pilules salvatrices ; et aller se cacher. Les paupières se déplissent.
Comme appris à l’école ouvrir un large bec et devenir la proie d’étranges bombecs.
Un. Et Anaïs meurt. Et la rosée renaît le long de sa joue. Disparaissent les fleurs.
Faut-il en vouloir à Rose de s’être flétri un instant, et de son pistil tuer un enfant ?
Je plaide la légitime défense. Pouvoir se sauver. Transfert de souffrance.
De la glaise au papier, du papier à la terre, aux âmes vagabondes.

Anaïs, parfum de rose et d’humus, entres dans mon jardin et referme l’opus.
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Oden9
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MessageSujet: Re: Mlle Rose dans le bureau avec la plume   Dim 11 Juil - 0:26

Style particulièrement singulier.
Je ne puis cacher mon admiration devant l'étendard esthétique et joueur de cet ordre de mots. Cependant parfois je m'interroge, voyant moultes répétitions, quelques phrases dont le sens échappe à ma compréhension appliquée et dévouée.

On s'y perd, on en perd alors que parfois des phrases semblaient nous accompagner en silence, un brouhaha nous bouscule. L'équilibre instable dans lequel tu nous plonges et à double tranchant. Si parfois on regarde avec stupeur des vertiges que provoquent tes tournures lyriques, on craint souvent le sol qui se rapproche lorsque tu enfantes des mots égarés.

J'aimerai être déjà tombée de ce fil sur lequel je titube. Cependant certains accrocs dans ma lecture m'ont fait sortir les ongles et rester le fil, dans un balancier inconfortable.

Cependant, je fus troublée. Longueur admirable et manipulation réussie.

"Mais les droites se courbent et les mains se ferment pour se changer en poing" .
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Mlle Rose dans le bureau avec la plume
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