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 Prologue: Eva

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Narken
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MessageSujet: Prologue: Eva   Mer 31 Aoû - 0:28

« -Ludovic, sais-tu pourquoi tu es ici ? »
Ludovic fixa l’homme en chemise d’un regard méfiant. Bien sûr qu’il savait pourquoi il était ici. Restait à trouver la méthode adéquate pour manœuvrer correctement cet énième inconnu.
« -Non, je ne sais pas » murmura-t-il prudemment.
L’homme le gratifia d’un sourire éclatant.
« -Tu en es sûr ? Ta maman m’a rapporté certaines choses. Des choses difficiles à croire. Est-ce que tu vois de quoi je veux parler ? »
Ludovic voyait les efforts manifestes de l’homme pour adopter un ton et une posture amicale, choisir ses mots pour l’encourager à se confier. Encore un autre, songea-t-il avec regret. Visiblement, sa mère s’entêtait.
Il se demanda si l’homme qui, patiemment, attendait une réponse, méritait une tentative d’explication. Probablement pas, se dit-il en se remémorant la pléiade d’incurables sceptiques qu’il avait rencontré au fil du temps. Pour une fois, il allait donner à un de ces abrutis ce qu’il attendait de lui.
« -Oui. » La réponse avait beau être sobre, elle parut satisfaire l’homme.
« -Veux-tu m’en dire un peu plus ?
-…non. »
Le sourire de l’homme s’élargit encore-si c’était possible.
« -Tu as peur que je ne te croie pas, je me trompe ? »
Ludovic crut plus avisé de ne pas répondre. Trop d’empressement eût paru suspect, même si cet inconnu-là n’avait pas l’air particulièrement vif. Il se contenta donc d’un regard vide.
« -Allons, Ludovic, tu ferais mieux de te confier. Ta maman m’a dit que tu parlais à des gens-à une personne, pour être précis, qu’elle ne peut pas voir. C’est vrai ? »
Ludovic nota que l’homme avait délibérément évité de dire « qui n’existe pas », adoptant une formulation neutre et qui allait en son sens : évidemment, présenté ainsi, seule sa mère pouvait être dans l’erreur. Cependant, il n’aimait pas la façon qu’avait l’homme de prononcer son prénom.
« -C’est vrai ? » répéta celui-ci.
« -…non.
-Vraiment ? Tu ne veux pas me parler d’Eva ? »
En entendant ce nom, Ludovic regretta de ne pas s’être montré plus prudent. Visiblement, sa mère avait été beaucoup plus bavarde qu’il ne l’avait craint. Il devait faire attention à ne pas trop étoffer son interprétation pour rester crédible.
« -Vous ne connaissez pas Eva.
-Mais toi, tu la connais ?
-Oui. Enfin, non.
-Est-elle dans cette pièce ? »
Il passait enfin à l’attaque. S’il se concentrait suffisamment, Ludovic pouvait le mener à où il le désirait.
« -Je ne sais pas » dit-il tout bas.
« -Allons, Ludovic. Est-elle dans cette pièce ? »
Ludovic garda le silence. Après un temps, l’homme demanda :
« -Dis-moi, Ludovic, as-tu beaucoup d’amis ? »
Ludovic sourit intérieurement. Cela allait être plus facile qu’il ne l’avait envisagé de prime abord.
«-Ludovic, écoute-moi : Eva n’existe que dans ta tête. Je pense que tu fais semblant de voir et d’entendre Eva parce que tu n’es pas très à l’aise avec les enfants de ton âge. J’ai raison ? »
Il avait employé exactement l’expression que Ludovic attendait ; mais il sentit que céder maintenant, avec trop de facilité, éveillerait les soupçons.
« -Non, c’est faux ! Eva existe pour de vrai ! »
L’homme eut l’air peiné un instant, mais il se reprit bien vite.
« -Très bien, mon grand, je pense que cela suffira pour aujourd’hui. »
Ludovic se leva tandis que l’homme se dirigeait vers la porte du cabinet.
« -Madame Boisier, j’aimerais vous parler un instant, s’il vous plaît. »
Puis, se tournant vers Ludovic et lui tendant la main avec un sourire chaleureux :
« -A la semaine prochaine ! »
Celui-ci lui serra froidement la main qui lui était proposée. En passant, sa mère lui ébouriffa les cheveux, une marque d’affection rituelle. Enfin, la lourde porte de chêne se referma sur le visage faussement enjoué de celle-ci. Ludovic fixa un instant la plaque de cuivre qui y était accrochée (« Dr Delrossi, pédopsychiatre ») de peur que sa mère ou l’homme ne revienne brusquement. Il finit par laisser échapper un long soupir de soulagement et ferma les yeux. Le docteur avait déjà sa conclusion et il n’en démordrait pas. L’important maintenant serait de ne plus lui fournir d’éléments concrets. ; il faudrait se contenter de l’encourager discrètement, d’abonder subtilement en son sens. Il rouvrit les yeux et tendit l’oreille. Il percevait des bribes de voix mais les paroles distinguées étaient trop ténues pour qu’il puisse en comprendre la signification.
« -Il lui sert les banalités habituelles. Tu projettes ta solitude sur un objet affectif imaginaire. » Après un temps: « -C’est bizarre, ta mère a l’air soulagée. Elle devrait être triste pour toi de voir que tu n’as pas d’amis, non? »
Ludovic se tourna avec lassitude vers la fille aux cheveux noirs qui collait son oreille contre la porte.
« -Ça fait longtemps qu’elle sait que je n’aime pas beaucoup les autres. Elle est contente d’apprendre que finalement, je ne suis peut-être pas fou. Juste… perturbé. » Ludovic avait prononcé cette dernière phrase avec un sourire triste. Il secoua la tête. « -De toute façon, c’est trop tard. Elle est tout bonnement incapable de me croire-et ce n’est pas faute d’avoir essayé de la convaincre.
-Tu ne veux pas venir écouter? Ça serait un avantage pour toi de savoir à l’avance ce qu’ils veulent faire. »
Ludovic considéra Eva en silence.
« -Il ne vaut mieux pas. S’ils pensent que je vais m’opposer à eux, ils deviendront trop méfiants. » Un temps. « D’ailleurs, tu peux très bien t’occuper de ça, non? Surtout que c’est à cause de toi que je suis là », ajouta-t-il d’un ton narquois. Eva lui tira la langue. « -S’ils pensent que tu parles tout seul aussi, ils se méfieront. » Elle écrasa à nouveau son oreille contre la serrure. « Delrossi est en train de dire que la première chose à déterminer, c’est si tu fais semblant ou si tu es vraiment persuadé que j’existe. » Elle grimaça. « Il a même ajouté que ton cas était assez classique et qu’il s’étonne que les psys que tu as vu jusqu’à présent aient été mis en difficulté. » Elle eut un reniflement de dédain. « Se jeter gratuitement des fleurs, ça c’est typique de ces crétins.
-Je ne pense pas que ce soit de la vantardise » répondit Ludovic d’un air las. « Après tout, c’est le premier dont je joue le jeu. » Il vit Eva s’écarter précipitamment de la porte tandis que celle-ci s’ouvrait et que les deux adultes sortaient. Il n’eut pas besoin d’épier les mouvements d’Eva et de tenter de surprendre, par exemple,son bras traverser un pan de la chemise du psychiatre.

Lui, il savait qu’Eva existait pour de vrai.
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