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 I love you baby de Jeremy Serano

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james13100
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MessageSujet: I love you baby de Jeremy Serano   Mer 30 Juil - 10:58

Pitch: C'est l'histoire d'un homme qui sera marqué psychologiquement par une chaude journée d'été en 77 dans le Montana.



I LOVE YOU BABY

Ça s’est passé pendant l’été 1977, un jour qui restera gravé à jamais dans ma mémoire.
Tout était si merveilleux autour de moi, la prairie verdoyante s’étendait à perte de vue, l’herbe était humide, d’un vert étincelant à la couleur unique. J’observais chaque détail de ce relief particulièrement attrayant tout en marchant avec sérénité en direction d’une colline et, lorsque j’arrivai sur les hauteurs de celle-ci, je fus surpris par ce que je vis.
L’autre versant était couvert de fleurs magnifiques, les unes plus belles que les autres, et je pensai à l’instant où l’une d’elle m’observa que tout ce qui était devant moi était le fruit de mon imagination mais il s’avéra que non, les corolles avaient des yeux, des lèvres, et me souriaient.
Toutes les espèces inimaginables étaient présentes devant moi, coquelicots, marguerites, jonquilles, violettes, jacinthes, jasmins, narcisses, des bleuets avec leurs pétales ciselés, toutes resplendissaient. Je vis même des boutons d’or, ceux que l’on trouve en bordure de route ou dans les prairies. Il y avait aussi du dahlia, des églantiers, toute la contrée était parsemée de fuchsias aux feuilles caduques. De la gentiane formait un doux tapis à mes pieds, ses feuilles uniques en entonnoir me semblaient extraordinaires et cette couleur azuréenne tirant sur le doré était un régal pour les yeux.
Toutes les fleurs qui existaient sur terre se trouvaient réunies ici, croyez-le ou non, mais elles étaient bien là, dans un endroit retiré du Montana… Leur parfum, leur saveur suave, aux unes comme aux autres, me procurait un profond bien-être. J’avais l’impression d’avoir pénétré dans un univers parallèle sans même chercher une explication rationnelle. J’admirais simplement ce que le monde m’offrait, tout était bel et bien réel puisque je pouvais effleurer la flore de ma main avec la fine attention de ne pas la froisser, le mélange de toutes ces espèces me pénétrait en un arôme délicat, tel un élixir au bonheur éternel.
Après avoir marché dans ce grand pré majestueux, je pénétrai à l’intérieur d’une clairière, la plupart des arbres étaient des frênes, ils avaient quelque chose de magique, leurs branches si hautes qu’elles devaient être là depuis des siècles. Au fil de mes pas, je reconnus un hêtre à ma droite, puis quelques magnolias par-ci par-là et de grands saules pleureurs côté nord. Je n’arrivais pas à comprendre comment cet endroit n’avait pas été découvert avant. La nature avait l’air de prendre de la hauteur à mon approche, comme si elle était effrayée, et qu’elle me mettait en garde, voulant me dominer. Je compris à ce moment-là l’ampleur de la situation inexplicable qui se déroulait devant moi, mais je n’étais pas apeuré, j’avais le sentiment d’être en sécurité. Ce monde autour de moi, cet univers pictural fusionnait dans de si belles couleurs que c’en était émouvant, digne de la toile d’un grand maître. Il y avait du rubis, du safran, du violet de Bayeux au vert mélèze, de l’ocre à la papaye, de l’orchidée au magenta, du fuchsia au jaune mimosa qui rendaient le paysage unique en son genre, traversant mon corps et lui apportant une sensation de profonde béatitude, m’apaisant le temps d’un instant.
Les oiseaux volaient dans un ciel cyan parfaitement coloré, d’une beauté inouïe. Je n’avais jamais vu des cieux aussi beaux de toute mon existence.
Tous les sons que je percevais s’amplifiaient à présent, mon audition avait la soudaine faculté de pouvoir analyser chaque détail de ce qui m’entourait, de chaque animal ou insecte, des branches qui dansaient. Même les feuilles qui s’envolaient autour de moi m’enveloppaient d’une douce mélodie, le genre de note musicale qui vous transporte très loin, à une hauteur vertigineuse, puis je sentis son parfum cannelle, pas celui d’une fleur mais celui de la femme qui partageait ma vie. Camélia était là, devant moi, ses cheveux luisant à la douce lumière d’un soleil couchant s’envolaient au gré de la brise qui s’était levée. Elle portait un voile transparent qui laissait entrevoir les courbes de son corps.
Lorsque mon regard croisa le sien, elle s’approcha. Son charme et ses yeux bleu azur firent fondre mon cœur. Ses doigts effleurèrent ma peau, la douce chaleur qu’elle dégageait m’apporta une impression de tranquillité.
J’approchai mes lèvres des siennes puis on s’embrassa, le genre de baiser dont on se souvient toute sa vie, sous une pluie diluvienne qui s’était soudain mise à tomber. Les gouttes changèrent d’aspect au contact de son corps nu, les couleurs chaudes, si attrayantes l’instant d’avant, avaient subitement pris un ton froid presque inquiétant.
Le ciel avait viré au noir, et cette femme qui m’enlaçait se transforma en une espèce végétale vénéneuse, les arbres autour de moi devinrent menaçants, les fleurs se mirent à doubler voire tripler de volume, le tonnerre à gronder. M’échapper s’avéra impossible, mes pieds restaient collés au sol. Elle m’attrapa avec un de ses tentacules qui s’enroula autour de ma taille, me fit décoller du sol, me projeta en arrière. Mon crâne frappa un rocher, je fus sonné un instant, puis quelque chose d’étincelant attira mon attention sur ma droite, il s’agissait d’une dague, cette plante allait me couper en deux, il fallait agir très rapidement.
Saisissant l’arme blanche, je transperçai aussitôt mon ennemie de ma lame aiguisée, me libérant tant bien que mal, fuyant ce monde devenu soudain si oppressant, qui tentait de me happer tel un monstre assoiffé de sang. N’arrivant plus à respirer, mon cœur battant très fort, l’idée de la mort me vint à l’esprit, puis mon pied agrippa une racine et, perdant l’équilibre la tête en avant, je dévalai une pente raide, sur une centaine de mètres, avant de tomber dans une rivière, perdant connaissance au contact de l’eau glaciale.
Le réveil fut difficile, allongé sur un lit d’hôpital, tout autour de moi avait repris une dimension normale, est-ce que j’avais rêvé ? J’aurais tant aimé dire « oui » mais, à mon grand regret, ce que j’avais vécu était la triste réalité. Le médecin me demanda si j’avais pris un champignon hallucinogène afin de confirmer la version de ceux qui m’avaient mené ici. Je répondis tristement par l’affirmative : « Oui, j’en ai pris, c’était la première et sûrement la dernière fois, Docteur. »
L’esprit totalement hébété, des images me revenaient. Je me souvenais de la journée précédente, de cette excursion dans la nature entre amis, de ce délire qui m’avait pris de tester ces maudites drogues suite à un pari stupide entre jeunes inconscients.
Je demandai où était mon épouse. Car, malgré mon jeune âge – 25 ans –, j’avais épousé Camélia un an avant. La pluie ruisselait sur les carreaux de cette chambre si froide. Le médecin chef me répondit d’un ton sévère qui exprimait la gravité des faits : « Suite à la prise de drogue, vos hallucinations ont été si puissantes que vous êtes tombé dans un mauvais trip… Votre femme qui était sobre a essayé de vous ressaisir et vous avez riposté en lui plantant la lame de votre couteau dans le thorax, devant vos amis qui tentaient de vous arrêter. »
Je sus par la suite que son poumon avait été gravement touché, qu’elle était actuellement en réanimation, luttant pour sa survie. La police me questionna, sa famille voulait ma mort, la mienne me bouda, seule ma mère vint à mon chevet me demandant où j’avais la tête. Étais-je conscient de ce que j’avais fait ? Je n’avais aucune réponse.
À la fin de l’été 1977, Camélia fut sauvée grâce à une médecine en pleine évolution. Elle avait failli perdre la vie par ma faute, à cause de ce maudit pari, j’avais fait du mal à l’amour de ma vie, celle qui faisait battre mon cœur à chaque seconde, comment cette drogue avait-elle pu me faire perdre la raison au point d’être à la limite de commettre l’irréparable ?
La vie est faite de leçons, celle que j’avais retenue ce jour-là pourrait se résumer ainsi : « Quoi qui puisse vous arriver dans la vie, que ce soit de graves ennuis, des challenges stupides ou autres, toutes les situations inimaginables auxquelles vous pouvez être confronté… ne cédez pas à la tentation de goûter à ces drogues destructrices, même une fois, vous m’avez compris ? Elles déchireront votre âme, voire pire, alors n’y touchez pas. »
Camélia demanda à me rencontrer à l’automne 1978. Depuis les faits, elle n’avait plus souhaité me parler et était partie de nouveau vivre chez ses parents. Je redoutais le moment où elle allait demander le divorce mais il n’y eut rien de tout ça. Elle me donna rendez-vous exactement là où nous nous étions embrassés la première fois. Nous avons longuement discuté sous un arbre magnifique. Elle m’expliqua qu’elle avait essayé de tourner la page mais qu’il était bien trop difficile pour elle de le faire et savait que je n’étais pas conscient de mes actes au moment de l’agression. Elle m’en voulait surtout d’avoir accepté ce pari stupide sans lui en avoir parlé au préalable ; cependant, l’amour fait parfois bien les choses car aujourd’hui elle était prête à me pardonner.
J’avais tellement honte de ce que j’avais fait, j’aurais donné ma vie pour elle s’il avait fallu. Perdre celle que j’aimais aurait été inconcevable pour moi. Au moment où les feuilles d’automne se détachèrent, mes lèvres vinrent rencontrer les siennes de la manière la plus délicate qui soit, sa douce chaleur corporelle me pénétra et je compris à cet instant qu’elle m’avait pardonné, son parfum cannelle m’emplit les narines puis couvrit mon cœur, m’enveloppant comme de la laine.


© Jeremy Serano / 2014
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