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 Une silhouette dans la lande (nouvelle)

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LinDaLyAh
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MessageSujet: Une silhouette dans la lande (nouvelle)   Ven 10 Avr - 19:21

Une silhouette dans la lande.


Trois jours.
Cela fait trois jours que je suis là, chez moi. Car je ne suis pas d’ici, mais je me suis de suite sentie adoptée. J’ai renié mon pays pour cette terre si belle, pour ces odeurs d’océan et de lande. Aujourd’hui, il n’y a personne. Les touristes ont préféré rester à l’abri ne ce jour de pluie. Quelle idée ! Ils ne savent pas, eux.
Moi, je suis là. Je regarde le plage, devant moi. L’eau est claire, le sable est propre et les algues échouées sur la rive me rappellent le silence. Pas un bruit, seule la pluie. Les gouttes s’écrasent sur le goudron de la route, faisant ressortir son odeur sale, sa couleur noire.
Il pleut. Ma terre est belle quand il pleut, plus belle encore que sous le soleil ardent. C’est un pays gris, un pays venteux et froid, sauvage. Cette fierté sauvage se retrouve dans le caractère des habitants. Ils sont comme ça, il ne faut pas leur en vouloir. Ils sont comme leur terre, froids et gris au dehors mais tendres et lumineux au-dedans.

Je prends mon manteau et l’enfile lentement. Rien ne sert d’être pressée, la vie est longue et je suis jeune. Je ferme la porte derrière moi et descend les escaliers. J’entends le murmure de l’eau qui ruisselle contre les vitres et je me hâte à sa rencontre. Je sors. Une bourrasque de vent manque de m’emporter, je n’ai pas peur, le vent est mon ami. Il me fait tanguer, me berce de ces bras forts et froids de marin. Il vient de la mer pour nous nourrir de son souffle revigorant.

Je prends l’un des petits chemins côtiers qui bordent les falaises. La bruyère mauve frémit sous les caresses du vent. La pluie fait ressortir son odeur, ses couleurs. Le ciel gris et lourd s’impose. Mais ces nuages de coton sali sont doux. Je n’ai pas peur. Je hume les parfums de la nature, j’entends quelques mouettes se chamailler au loin.
Je marche, longeant la côte, surplombant la mer. En cette terre, n’importe quel homme peut se sentir roi. Il lui suffit de prendre un chemin, étroit et sinueux, dominant l’océan. Alors il règne, scrutant les vagues et la houle moussante à l’horizon. C’est beau.

Alors, je tourne, laissant la mer. Je m’enfonce plus vers l’intérieur. Dès que l’océan disparaît de ma vue, je me retrouve dans un grand champ. Je regarde l’herbe foulée, écrasée et oubliée de ce lieu. Les touristes n’ont aucun respect, ils saccagent tout. Les alignements sont là, imposants. De grandes roches taillées assemblées pour désigner le soleil lors du solstice. A cette époque, les différentes branches se dirigent toutes vers un seul point : le soleil.
Ceci fait partie de nous, de notre histoire. Nous ne savons pas vraiment qui a construit ni quand. Nous savons qu’ils sont en nous, c’est tout. Nous savons que la nuit, les petits korrigans farceurs y dansent, entraînant les imprudents. Nous les laissons, ce sont nos frères. Ils vivent ici la nuit, et nous le jour, chacun son tour. Vous y croirez, vous n’y croirez pas on ne vous en voudra pas.
La mer m’appelle, j’y retourne. Je rejoins le manoir, le manoir du poète. Celui mort tragiquement, le manoir où tout fut drame. Cette grande bâtisse en ruine est le témoin de l’orgueil humain. Le poète exalté a construit sa demeure dominant la mer. Il voulait être le roi de cette vue de cette terre, dominant à jamais. L’homme ne règne en nos lieux que brièvement. Tout palais éternel ne peut subsister, le vent étant ici notre seul souverain. Le manoir fut donc un jour abandonné, et il n’en reste que des ruines que les visiteurs estivants se régalent à contempler.

Mes amis il me faut vous laisser, j’ai aimé partager avec vous ce bout de ma terre, ce morceau d’or, cette perle. Le vent m’enveloppe à nouveau, et la pluie a repris. Je m’enfonce dans la lande grise pour ne laisser qu’une silhouette indistincte. Car tout ici disparaît. On ne peut rien affirmer avoir vu, le vent et la pluie emportent tout, créent tout.
Peut être ais-je existé, peut être pas…



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